Elle lui échappa aussi vite qu’elle était venue. Il était resté là, assis, la tête légèrement penchée en arrière, les lèvres encore entr’ouvertes, qu’elle était déjà au milieu de la pièce, lui indiquant la porte qu’elle venait d’ouvrir :
-Todd, je crois qu’il serait plus raisonnable de laisser Max à ses problèmes, et d’aller vous reposer maintenant. Vous avez une chambre, là, de l’autre côté du couloir. Il y a le minimum de confort, mais suffisamment pour faire votre toilette si vous le désirez, et Franck vous a prêté quelques affaires en attendant de récupérer les vôtres si besoin.
Il n’eut pas le temps de se demander comment elle pouvait être si performante et lucide, alors que lui était encore dans un état second après leur long baiser, qu’elle quittait déjà la pièce en lui murmurant, avec un regard qui le fit fondre de bonheur :
-Et soyez gentil, si vous devez rêver de quelqu’un, oubliez Max, et faites moi une petite place dans vos pensées…
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle fut largement exaucée ! Au début de sa nuit il fut très agité, ne parvenant pas à trouver le sommeil malgré la fatigue et le besoin de dormir qu’il ressentait. Puis il traversa une période de sommes successifs entrecoupés de réveils et semi-réveils, où rêves et cauchemars s’entremêlaient. Dans sa tête tout se bousculait : Max, le Conseil des Sages, les révélations de Franck… Il se posait des tas de questions, échafaudait des hypothèses, se sentait envahi par le doute quand à la réalité de tout cela. Il imaginait des monstres métalliques qui lui creusaient le dos, voyait des murs géants qui lui cachaient le soleil, étouffait sous une pluie de goélands morts… Il revoyait aussi la plage et la peau de Sally…
Sally… Ses yeux et son regard si profond… Il sentait encore le contact de ses lèvres. Il s’émerveillait de cette sensation étrange et nouvelle pour lui de leurs deux bouches qui s’épousaient parfaitement. Il avait le souvenir d’autres baisers, mais jamais il n’avait ressenti un tel contact. L’image de deux pièces, si parfaitement usinées qu’elles s’emboîtaient à la perfection au point de rendre les lignes de jonction invisibles, lui vint à l’esprit…Il sentit une onde de chaleur descendre vers son ventre au souvenir du contact du sein gauche de Sally sur son épaule lorsqu’elle était penchée sur lui…
Dans son demi-sommeil, il eut soudain l’impression qu’un corps brûlant venait se coller contre son dos. Juste sous ses omoplates il lui sembla sentir les seins de Sally se soulever au rythme de sa respiration. Il se retourna en refusant de se réveiller pour prolonger son rêve. Il avança la main, remonta le long d’une cuisse jusqu’au dessous des fesses, et n’eut pas besoin de l’attirer à lui. Il la sentit se pelotonner contre sa poitrine, et il l’enveloppa dans ses bras, glissant ses doigts sous ses cheveux… Continuer à dormir, ne pas se réveiller, pas maintenant…
Puis le visage de Sally se releva doucement vers lui à la recherche de ses lèvres… et c’est quand il l’embrassa qu’il s’aperçut qu’il ne rêvait pas. Sally était bien là, entre ses bras, et le désir qu’il sentit en elle ne fit qu’accroître le sien. Il se glissa sous elle, sentit ses cuisses qui s’ouvraient pour l’accueillir, et son ventre qui venait à sa rencontre. Leurs bouches toujours soudées, c’est elle qui vint le chercher en glissant une jambe derrière son dos, et l’amena à elle, la pointe du talon dans le creux de ses reins.
A l’instant où il la pénétrait, il lui sembla que son sexe prenait du volume au fond d’elle, tant il la sentait autour de lui comme un étui autour d’une lame. Ils restèrent ainsi sans bouger un instant, savourant cette communion de leurs corps, avant que le désir trop fort, d’abord par de lentes ondulations, ne les pousse à s’aimer. Elle se déhanchait doucement contre lui, augmentant peu à peu l’amplitude de ses mouvements, et quand elle s’arrêtait, il prenait le relais, les mains maintenant au niveau de ses hanches, l’attirant à lui comme s’il craignait qu’elle ne lui échappe.
Elle lui avait abandonné la maîtrise de son ventre... Elle aimait cette sensation d’être ainsi prise par lui, fouillée au plus profond, et ne resserrait de temps à autre ses cuisses que pour mieux le sentir. A chaque fois qu’il venait cogner contre elle, elle laissait échapper un souffle rauque qui ne faisait qu’augmenter la violence du coup suivant.
De temps à autre elle le laissait récupérer en glissant le long de son sexe, à la limite de le laisser sortir d’elle, puis le reprenait avidement, jouant à le garder, tout au fond, contractant ses propres muscles pour le sentir plus intensément.
Sally sentait maintenant la sueur coller ses mèches noires sur ses tempes, et s’étonnait de l’étrange excitation qui gagnait le bout de ses seins à chaque contact avec la poitrine de Todd.…En même temps elle percevait de légères contractions spasmodiques qui augmentaient juste au dessous de son nombril… Elle joua à prolonger ce plaisir, sans lui lâcher la bride afin de le prolonger au maximum. Puis la fréquence augmentant, elle eut de plus en plus de mal à le contrôler, et oubliant Todd, elle se retint de hurler ce plaisir qui l’inondait entièrement, par des ondes ininterrompues de chaleur à la limite de la douleur, pour mieux le savourer…
Elle commençait à reprendre conscience de la présence de Todd, envahie par une bouffée d’amour inconnu jusqu’alors qui la laissa au bord des larmes en se serrant contre lui, quand il commença à bouger en elle pour aller chercher son propre plaisir… Il l’avait contenu le plus longtemps possible, avait failli céder quand Sally s’était arc-boutée sous lui, les ongles plantés dans ses reins, et c’est sans aucune retenue, presque bestialement, qu’il acheva de prendre possession d’elle.
Quand Todd cessa de peser sur son ventre de tout son poids, qu’elle sentit le souffle chaud de sa respiration se calmer peu à peu dans le creux de son cou, qu’il se blottit tendrement sur sa poitrine lui murmurant de temps à autre " Sally…Sally… ", elle laissa glisser le long de sa joue une larme de bonheur…
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