mercredi 16 mai 2007

BLOC 21 épisode 25

Todd n’eut pas le temps de répondre. D’ailleurs qu’aurait-il pu dire ? Il restait sans voix à l’idée que Sally savait pour Max ! Elle avait dû lire son noteur… Elle avait lu que l’héroïne s’appelait Sally… Il se sentait découvert, mis à nu, aussi honteux qu’un collégien dont les sentiments secrets seraient mis au jour. Que devait elle penser de lui ?

Elle n’avait pas l’air fâchée pourtant... Il caressa un instant l’espoir fou qu’il ne lui était peut-être pas indifférent. Il balaya ces pensées, et le cœur étonnamment plus léger il revint à sa préoccupation du moment : vérifier si Max était bien à lui, ou si ce n’était qu’une suggestion.

Il brancha le noteur, passa les informations enregistrées sur Sally Purchase, et ouvrit le dossier "Max"… Il refit une rapide lecture de ce qu’il avait écrit, et un peu angoissé, il relut plusieurs fois le dernier paragraphe, espérant pouvoir continuer : s’il n’y parvenait pas, maintenant que sa puce était extraite, c’est que les aventures de Max ne lui appartenaient pas. Il parcourut le texte des yeux, puis, d’une voix hésitante au début, il le lut, pour lui même, à haute voix :

" Max avait déjà refermé la porte, abattu, et avait ainsi passé la journée, guettant le moindre mouvement autour du bureau de Sally, sursautant à chaque appel téléphonique au standard voisin et tendant l’oreille en espérant à chaque fois entendre prononcer son nom … Mais ni au repas de midi, ni à aucun moment de la journée elle n’avait donné signe de vie…"

Le pouls à cent à l’heure, une fine sueur perlant à son front, il resta là quelques instants, les doigts au-dessus du clavier à attendre… Il essayait de se représenter la scène mentalement, de bien se pénétrer de l’intrigue… Et soudain ses doigts plongèrent vers le clavier :

" Arrivé sur son palier, Max s'étonna de voir un filet de lumière sous sa porte. Il ne lui arrivait que rarement d’oublier d’éteindre avant de partir, mais l’idée que quelqu’un pouvait se trouver chez lui ne l’effleura même pas. C’est rationnellement comme à son habitude, qu’il résolut le mystère : nous étions mardi, c’est Sofia, la femme de ménage, qui était responsable de cet oubli ! Fier de ses déductions, il engagea la clef dans la serrure et ne fut qu’à moitié surpris en constatant que ce n’était pas fermé. Décidément il faudrait qu’il parle sérieusement à Sofia ! La lumière, passe, mais la porte ouverte !

A peine avait-il franchi le seuil qu’il sentit ses jambes se dérober sous lui. Un frisson de panique lui parcourut tout le corps : la pièce d’entrée était sens dessus dessous, tout donnait à penser qu’il y avait eu une lutte violente… Il ne savait où donner du regard… Il songea soudain que le ou les auteurs étaient peut-être encore là et son sentiment de panique redoubla… mais le silence ambiant le rassura au moins sur ce point. C’est justement en écoutant ce silence, qu’ il perçut un léger couinement régulier qui semblait provenir de la chambre… Il reconnut rapidement ce bruit : c’était le store de la fenêtre qui agité par le courant d’air avait coutume de couiner ainsi.

La fenêtre devait donc être ouverte. Avec le froid qui régnait dehors, ce n’est ni lui ni Sofia qui pouvaient en être responsables! Enjambant précautionneusement les livres, bibelots et objets divers qui jonchaient le sol, il se dirigea vers le bruit…

Incrédule, par la porte entr’ouverte, il resta cloué sur place par une image qui lui glaça le sang : au sol, près d’une chaussure à talon plat, une jambe de femme dépassait de la porte…

-Sofia ! cria Max en se précipitant vers la chambre, mon dieu Sofia !

Derrière la porte, entièrement nue, ce n’est pas Sofia mais Sally qui gisait dans une mare de sang… "

-C’est triste de la faire mourir déjà…

Todd sursauta et se retourna interloqué. Le sourire malicieux de Sally le mit mal à l’aise. Elle se tenait debout derrière lui jouant négligemment avec une mèche de ses cheveux…

-Vous…Vous êtes là depuis longtemps ?

-Suffisamment pour avoir assisté à ma mort en direct, plaisanta-t-elle !

-Mais… Il ne s’agit pas de vous, mentit Todd ! C’est un hasard… peut- être qu’à cause de mon enquête c’est le premier nom qui me soit venu à l’esprit, mais ce n’est pas vous !

Tout en disant cela, Todd, gêné se tourna vers son écran et continua de marmonner :

- De toutes façons je vous trouve très indiscrète ! C’est personnel ! Ce ne sont que quelques lignes brutes, et vous auriez au moins pu attendre ma permission avant de…

Il ne put terminer sa phrase, interrompu par la voix de Sally, si proche qu’ elle le fit sursauter :

-Et je peux connaître la suite ?…

Elle était là, tout près, penchée au dessus de son épaule, fixant l’écran, le visage à quelques centimètres du sien… Sous le parfum de Sally qu’il connaissait si bien, il perçut l’odeur de sa peau, une odeur sucrée de dragée aux amandes… Il sentit son pouls s’accélérer et sa poitrine se serrer, en même temps qu’il percevait un léger frémissement des lèvres de Sally si proches des siennes, alors qu’elle continuait à scruter l’écran d’un air très absorbé…

Puis ce fut comme dans une scène tournée au ralenti : le visage de Sally se tourna vers lui, ses yeux plus noirs que jamais se posèrent au fond des siens, soulignés par le rose vif qui allumait maintenant ses pommettes, avant que sa bouche, après avoir joué quelques instants autour des lèvres de Todd, ne vienne épouser sa propre bouche ...

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