samedi 26 mai 2007

Bloc 21 Episode 27

Todd ouvrit les yeux à regret… Il étendit le bras par réflexe…et ne trouva pas Sally. Avait-il rêvé ? Machinalement il enfouit son visage dans le creux vide du traversin juste à côté de lui, et huma à pleins poumons… La marque était encore tiède, et il crut deviner un parfum de dragée aux amandes… Il n’avait pas rêvé, et plus il se réveillait, plus son corps lui confirmait la réalité de ces instants de bonheur si proches…

Des pas dans le couloir… La voix de Sally, puis celle de Franck… Il se redressa rapidement dans son lit, ramena un peu le drap sur lui, et se recoiffa comme il put avec les mains, juste quand on frappa à la porte de la chambre :

- Oui… entrez ! Je suis réveillé…

- Bonjour Todd ! Bien dormi ? Comment vous sentez-vous ?

- Pas trop de cauchemars, ajouta Sally ?

- Je crois qu’il y a longtemps que je n’avais pas fait d’aussi beaux rêves, ajouta-t-il en fixant Sally pour guetter sa réaction.

Mais elle ne laissa rien paraître, et commença à s’affairer autour de lui, prenant sa tension, et vérifiant ses pupilles, tandis que Franck s’adressait à lui :

- Todd, nous avons un problème: le Ministère vient de vous déclarer « hors périmètre ». Rien de dramatique, vous êtes bien placé pour savoir qu’il fallait s’y attendre, mais je ne pensais pas que cela viendrait si vite ! C’est à croire que vous avez une certaine importance à leurs yeux… Ça veut dire aussi qu’un « Dirigeur » va être lancé sur vos traces.

- A mon avis c’est déjà le cas, ajouta Todd.

- Sans doute, mais ça va un peu contrarier nos plans, je pensais que nous aurions encore quelques jours devant nous, il va falloir être prudents.

- Je crois qu’il vaut mieux abandonner, Franck, c’est trop dangereux, intervint Sally…

- Oui mais si on ne le tente pas, on risque de tout perdre ! Un dirigeur avec nous c’était inespéré ! Tu ne v…

- Si vous me disiez de quoi il s’agit, s’énerva Todd !

- Voilà, reprit Franck d’un air grave, pour tout vous dire, la survie même de l’individu est en jeu… C’est une course contre la montre entre nous et le Conseil des Sages. Le programme de Formatine 3ème génération est très avancé, et tout ça en partie par ma faute. Dès qu’associée aux puces internes elle sera mise en route, l’individu disparaîtra… Oh, ne croyez pas que nous allons être exterminés ! Cela ne présenterait aucun intérêt pour eux ! Mais nous serons dans un tel état de soumission, et tout ce qui fait de nous des êtres uniques et différents les uns des autres aura tellement été modifié, que nous ne serons plus que des jouets entre leurs doigts !

Je me souviens des premiers projets de robots, où nous avons tenté de mettre au point des «machines» à apparence humaine… Là, le problème sera résolu, nous serons des humains par notre apparence, mais nous fonctionnerons comme des robots !

- Et en quoi aurais-je pu vous être utile ? demanda Franck perplexe ?

- J’y viens… Un point essentiel du programme c’est le code d’activation des puces… Sans ce code, la programmation est impossible. Hors, vous vous doutez bien que ces codes sont sous très haute surveillance ! Il s’agit d’une suite de huit chiffres et lettres, choisis de façon complètement aléatoire afin d’éviter que même nous qui les avons mis au point ne puissions les connaître. Tout ceci dans le but évidemment d’éviter toute fuite.

Ils sont conservés sur un « noteur » spécial, et ne peuvent être lus que sur la console centrale du service des recherches.

- Je vois où vous vouliez en venir, dit Todd, comme Dirigeur j’ai accès au Service des Recherches et j’étais sensé récupérer ces codes…

- Vous voyez bien que ce n’est plus possible maintenant, ce serait trop dangereux, surtout avec un Dirigeur à vos trousses, reprit Sally !

- Vous oubliez aussi que je n’ai plus ma puce, continua Todd. Jamais je ne pourrai pénétrer dans le Service des Recherches…

- Attendez, attendez, coupa Franck en faisant les cent pas du lit à la porte, la puce c’est mon problème… On peut toujours tricher… Après tout, il suffit qu’elle soit sur vous ! Par contre vous avez été déclaré « hors périmètre », et je vois mal comment justifier votre réapparition…

La puce absente c’est parfois un avantage, je m’en suis assez servi ! Ça vous rend invisible en quelque sorte puisque vous n’êtes plus « localisé ». Malheureusement, pour les Anges de Paix vous êtes loin d’être invisible, et leur capteur leur signalerait immanquablement que vous n’êtes pas implanté, et là je ne donne pas cher de votre peau !

Non, la puce est indispensable… mais pour que vous puissiez réapparaître il faudrait parvenir à justifier votre retour…

Todd se redressa dans le lit, resta quelques instants silencieux, les yeux fixés sur la pointe de son pied qui jouait sous les draps, puis il marmonna comme pour lui-même :

- Si seulement j’étais vraiment « hors périmètre »… il y aurait peut-être une possibilité…

Franck et Sally se regardèrent, un silence lourd s’installa, puis Sally finit par dire :

- Allez Franck, dis-lui maintenant, tu vois bien qu’on peut avoir confiance ! Et au point où on en est, on n’a plus grand-chose à perdre ni à craindre !

vendredi 18 mai 2007

BLOC 21 épisode 26

Elle lui échappa aussi vite qu’elle était venue. Il était resté là, assis, la tête légèrement penchée en arrière, les lèvres encore entr’ouvertes, qu’elle était déjà au milieu de la pièce, lui indiquant la porte qu’elle venait d’ouvrir :

-Todd, je crois qu’il serait plus raisonnable de laisser Max à ses problèmes, et d’aller vous reposer maintenant. Vous avez une chambre, là, de l’autre côté du couloir. Il y a le minimum de confort, mais suffisamment pour faire votre toilette si vous le désirez, et Franck vous a prêté quelques affaires en attendant de récupérer les vôtres si besoin.

Il n’eut pas le temps de se demander comment elle pouvait être si performante et lucide, alors que lui était encore dans un état second après leur long baiser, qu’elle quittait déjà la pièce en lui murmurant, avec un regard qui le fit fondre de bonheur :

-Et soyez gentil, si vous devez rêver de quelqu’un, oubliez Max, et faites moi une petite place dans vos pensées…

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle fut largement exaucée ! Au début de sa nuit il fut très agité, ne parvenant pas à trouver le sommeil malgré la fatigue et le besoin de dormir qu’il ressentait. Puis il traversa une période de sommes successifs entrecoupés de réveils et semi-réveils, où rêves et cauchemars s’entremêlaient. Dans sa tête tout se bousculait : Max, le Conseil des Sages, les révélations de Franck… Il se posait des tas de questions, échafaudait des hypothèses, se sentait envahi par le doute quand à la réalité de tout cela. Il imaginait des monstres métalliques qui lui creusaient le dos, voyait des murs géants qui lui cachaient le soleil, étouffait sous une pluie de goélands morts… Il revoyait aussi la plage et la peau de Sally…

Sally… Ses yeux et son regard si profond… Il sentait encore le contact de ses lèvres. Il s’émerveillait de cette sensation étrange et nouvelle pour lui de leurs deux bouches qui s’épousaient parfaitement. Il avait le souvenir d’autres baisers, mais jamais il n’avait ressenti un tel contact. L’image de deux pièces, si parfaitement usinées qu’elles s’emboîtaient à la perfection au point de rendre les lignes de jonction invisibles, lui vint à l’esprit…Il sentit une onde de chaleur descendre vers son ventre au souvenir du contact du sein gauche de Sally sur son épaule lorsqu’elle était penchée sur lui…

Dans son demi-sommeil, il eut soudain l’impression qu’un corps brûlant venait se coller contre son dos. Juste sous ses omoplates il lui sembla sentir les seins de Sally se soulever au rythme de sa respiration. Il se retourna en refusant de se réveiller pour prolonger son rêve. Il avança la main, remonta le long d’une cuisse jusqu’au dessous des fesses, et n’eut pas besoin de l’attirer à lui. Il la sentit se pelotonner contre sa poitrine, et il l’enveloppa dans ses bras, glissant ses doigts sous ses cheveux… Continuer à dormir, ne pas se réveiller, pas maintenant…

Puis le visage de Sally se releva doucement vers lui à la recherche de ses lèvres… et c’est quand il l’embrassa qu’il s’aperçut qu’il ne rêvait pas. Sally était bien là, entre ses bras, et le désir qu’il sentit en elle ne fit qu’accroître le sien. Il se glissa sous elle, sentit ses cuisses qui s’ouvraient pour l’accueillir, et son ventre qui venait à sa rencontre. Leurs bouches toujours soudées, c’est elle qui vint le chercher en glissant une jambe derrière son dos, et l’amena à elle, la pointe du talon dans le creux de ses reins.

A l’instant où il la pénétrait, il lui sembla que son sexe prenait du volume au fond d’elle, tant il la sentait autour de lui comme un étui autour d’une lame. Ils restèrent ainsi sans bouger un instant, savourant cette communion de leurs corps, avant que le désir trop fort, d’abord par de lentes ondulations, ne les pousse à s’aimer. Elle se déhanchait doucement contre lui, augmentant peu à peu l’amplitude de ses mouvements, et quand elle s’arrêtait, il prenait le relais, les mains maintenant au niveau de ses hanches, l’attirant à lui comme s’il craignait qu’elle ne lui échappe.

Elle lui avait abandonné la maîtrise de son ventre... Elle aimait cette sensation d’être ainsi prise par lui, fouillée au plus profond, et ne resserrait de temps à autre ses cuisses que pour mieux le sentir. A chaque fois qu’il venait cogner contre elle, elle laissait échapper un souffle rauque qui ne faisait qu’augmenter la violence du coup suivant.

De temps à autre elle le laissait récupérer en glissant le long de son sexe, à la limite de le laisser sortir d’elle, puis le reprenait avidement, jouant à le garder, tout au fond, contractant ses propres muscles pour le sentir plus intensément.

Sally sentait maintenant la sueur coller ses mèches noires sur ses tempes, et s’étonnait de l’étrange excitation qui gagnait le bout de ses seins à chaque contact avec la poitrine de Todd.…En même temps elle percevait de légères contractions spasmodiques qui augmentaient juste au dessous de son nombril… Elle joua à prolonger ce plaisir, sans lui lâcher la bride afin de le prolonger au maximum. Puis la fréquence augmentant, elle eut de plus en plus de mal à le contrôler, et oubliant Todd, elle se retint de hurler ce plaisir qui l’inondait entièrement, par des ondes ininterrompues de chaleur à la limite de la douleur, pour mieux le savourer…

Elle commençait à reprendre conscience de la présence de Todd, envahie par une bouffée d’amour inconnu jusqu’alors qui la laissa au bord des larmes en se serrant contre lui, quand il commença à bouger en elle pour aller chercher son propre plaisir… Il l’avait contenu le plus longtemps possible, avait failli céder quand Sally s’était arc-boutée sous lui, les ongles plantés dans ses reins, et c’est sans aucune retenue, presque bestialement, qu’il acheva de prendre possession d’elle.

Quand Todd cessa de peser sur son ventre de tout son poids, qu’elle sentit le souffle chaud de sa respiration se calmer peu à peu dans le creux de son cou, qu’il se blottit tendrement sur sa poitrine lui murmurant de temps à autre " Sally…Sally… ", elle laissa glisser le long de sa joue une larme de bonheur…

mercredi 16 mai 2007

BLOC 21 épisode 25

Todd n’eut pas le temps de répondre. D’ailleurs qu’aurait-il pu dire ? Il restait sans voix à l’idée que Sally savait pour Max ! Elle avait dû lire son noteur… Elle avait lu que l’héroïne s’appelait Sally… Il se sentait découvert, mis à nu, aussi honteux qu’un collégien dont les sentiments secrets seraient mis au jour. Que devait elle penser de lui ?

Elle n’avait pas l’air fâchée pourtant... Il caressa un instant l’espoir fou qu’il ne lui était peut-être pas indifférent. Il balaya ces pensées, et le cœur étonnamment plus léger il revint à sa préoccupation du moment : vérifier si Max était bien à lui, ou si ce n’était qu’une suggestion.

Il brancha le noteur, passa les informations enregistrées sur Sally Purchase, et ouvrit le dossier "Max"… Il refit une rapide lecture de ce qu’il avait écrit, et un peu angoissé, il relut plusieurs fois le dernier paragraphe, espérant pouvoir continuer : s’il n’y parvenait pas, maintenant que sa puce était extraite, c’est que les aventures de Max ne lui appartenaient pas. Il parcourut le texte des yeux, puis, d’une voix hésitante au début, il le lut, pour lui même, à haute voix :

" Max avait déjà refermé la porte, abattu, et avait ainsi passé la journée, guettant le moindre mouvement autour du bureau de Sally, sursautant à chaque appel téléphonique au standard voisin et tendant l’oreille en espérant à chaque fois entendre prononcer son nom … Mais ni au repas de midi, ni à aucun moment de la journée elle n’avait donné signe de vie…"

Le pouls à cent à l’heure, une fine sueur perlant à son front, il resta là quelques instants, les doigts au-dessus du clavier à attendre… Il essayait de se représenter la scène mentalement, de bien se pénétrer de l’intrigue… Et soudain ses doigts plongèrent vers le clavier :

" Arrivé sur son palier, Max s'étonna de voir un filet de lumière sous sa porte. Il ne lui arrivait que rarement d’oublier d’éteindre avant de partir, mais l’idée que quelqu’un pouvait se trouver chez lui ne l’effleura même pas. C’est rationnellement comme à son habitude, qu’il résolut le mystère : nous étions mardi, c’est Sofia, la femme de ménage, qui était responsable de cet oubli ! Fier de ses déductions, il engagea la clef dans la serrure et ne fut qu’à moitié surpris en constatant que ce n’était pas fermé. Décidément il faudrait qu’il parle sérieusement à Sofia ! La lumière, passe, mais la porte ouverte !

A peine avait-il franchi le seuil qu’il sentit ses jambes se dérober sous lui. Un frisson de panique lui parcourut tout le corps : la pièce d’entrée était sens dessus dessous, tout donnait à penser qu’il y avait eu une lutte violente… Il ne savait où donner du regard… Il songea soudain que le ou les auteurs étaient peut-être encore là et son sentiment de panique redoubla… mais le silence ambiant le rassura au moins sur ce point. C’est justement en écoutant ce silence, qu’ il perçut un léger couinement régulier qui semblait provenir de la chambre… Il reconnut rapidement ce bruit : c’était le store de la fenêtre qui agité par le courant d’air avait coutume de couiner ainsi.

La fenêtre devait donc être ouverte. Avec le froid qui régnait dehors, ce n’est ni lui ni Sofia qui pouvaient en être responsables! Enjambant précautionneusement les livres, bibelots et objets divers qui jonchaient le sol, il se dirigea vers le bruit…

Incrédule, par la porte entr’ouverte, il resta cloué sur place par une image qui lui glaça le sang : au sol, près d’une chaussure à talon plat, une jambe de femme dépassait de la porte…

-Sofia ! cria Max en se précipitant vers la chambre, mon dieu Sofia !

Derrière la porte, entièrement nue, ce n’est pas Sofia mais Sally qui gisait dans une mare de sang… "

-C’est triste de la faire mourir déjà…

Todd sursauta et se retourna interloqué. Le sourire malicieux de Sally le mit mal à l’aise. Elle se tenait debout derrière lui jouant négligemment avec une mèche de ses cheveux…

-Vous…Vous êtes là depuis longtemps ?

-Suffisamment pour avoir assisté à ma mort en direct, plaisanta-t-elle !

-Mais… Il ne s’agit pas de vous, mentit Todd ! C’est un hasard… peut- être qu’à cause de mon enquête c’est le premier nom qui me soit venu à l’esprit, mais ce n’est pas vous !

Tout en disant cela, Todd, gêné se tourna vers son écran et continua de marmonner :

- De toutes façons je vous trouve très indiscrète ! C’est personnel ! Ce ne sont que quelques lignes brutes, et vous auriez au moins pu attendre ma permission avant de…

Il ne put terminer sa phrase, interrompu par la voix de Sally, si proche qu’ elle le fit sursauter :

-Et je peux connaître la suite ?…

Elle était là, tout près, penchée au dessus de son épaule, fixant l’écran, le visage à quelques centimètres du sien… Sous le parfum de Sally qu’il connaissait si bien, il perçut l’odeur de sa peau, une odeur sucrée de dragée aux amandes… Il sentit son pouls s’accélérer et sa poitrine se serrer, en même temps qu’il percevait un léger frémissement des lèvres de Sally si proches des siennes, alors qu’elle continuait à scruter l’écran d’un air très absorbé…

Puis ce fut comme dans une scène tournée au ralenti : le visage de Sally se tourna vers lui, ses yeux plus noirs que jamais se posèrent au fond des siens, soulignés par le rose vif qui allumait maintenant ses pommettes, avant que sa bouche, après avoir joué quelques instants autour des lèvres de Todd, ne vienne épouser sa propre bouche ...

lundi 14 mai 2007

BLOC 21 épisode 24

- Heureusement ,poursuivit Franck, j’ai croisé Sally qui travaillait sur la formatine de troisième génération. Et là, jour après jour elle m’a ouvert les yeux. Au début je me demandais pourquoi on associait à mes travaux une laborantine… Certes, elle était à la pointe de la recherche sur la formatine, mais je ne voyais pas le rapport avec mon travail sur les puces. Peu à peu, patiemment, sans vouloir me convaincre, elle m ‘a amené à prendre conscience par moi même des véritables intentions du Conseil des sages : cette nouvelle formatine, associée aux puces, donnera à l’Etat un contrôle total des individus ! Excusez-moi pour «individu» Todd, mais j’ai banni le mot «élément» de mon vocabulaire.

Todd sourit en repensant que lui-même trouvait ce terme d’ «élément» un peu ridicule au début, mais que par la suite il l’avait fait sien, comme il avait peu à peu fait siennes toutes les théories avancées par le Conseil des sages. Il sentait qu’il avait été manipulé, mentalement formaté, et se demandait d’où lui venait cette surprenante soudaine lucidité…

- Vous êtes bien songeur Todd, à quoi pensez vous ? s’enquit Sally

- Rien d’important, mentit Todd, ou plutôt si : il y a quelque chose que je ne comprends pas Sally. Pourquoi avez-vous voulu me récupérer ?

- Honnêtement, c’était intéressé. Un Dirigeur du Ministère des Recherches n’est pas un élément ordinaire. Votre puce pouvait nous en apprendre beaucoup, je voulais savoir si vous étiez déjà «programmé», et surtout qu’elles informations à mon sujet vous auriez pu transmettre au ministère. Vous l’ignorez sans doute mais rien ne leur échappe, ils peuvent déjà lire en vous s’ils en ont besoin. Vous souvenez vous de votre dernier passage au «relevé d’identité» ?

- Oui, c’était juste après ma nomination au grade de dirigeur… Pourquoi cette question, s’étonna Todd ?

- A votre insu, lors de cette visite, votre puce a été modifiée, continua Franck . Il faut que vous sachiez qu’il existe différents niveaux de programmation. Sur les puces disons «basiques» seule la simple fonction de localisation est activée. Cela permet au Ministère du bonheur de pouvoir savoir en permanence où se trouve chaque individu. Pour vous par exemple en temps que dirigeur, votre fonction étant plus sensible, le niveau dit «d’analyse» a également été activé . C’est à dire que le Ministère peut quand il le souhaite venir y puiser les informations qui l’intéressent : dans votre cas par exemple, le résultat de vos découvertes, ou vos états d’âmes éventuels. Pour eux le maître mot est l’efficacité. Ils veulent être sûrs de vous, sûrs que vous accomplirez votre tâche jusqu’au bout, qu’aucune pensée, qu’aucun sentiment ne viendra vous dévier de votre route : « -L’émotion est ton ennemie, tout sentiment est à proscrire. … » vous connaissez la suite !

Todd eut comme un déclic : il se revit à son arrivée au salon 33, pestant contre les lenteurs du Ministère à corriger les deux « d » de son prénom, et quelques minutes plus tard, en train de lire «Todd» correctement orthographié sur le défilant… Ce n’était pas une coïncidence comme il l’avait cru, mais une lecture directe de ses pensées… Toutes ses pensées…TOUTES !… Connaissaient-ils l’existence de Max ?… Ou est-ce que l’idée de Max qu’il sentait comme venant d’ailleurs ne lui avait pas été suggérée par eux, comme on autorise une promenade au prisonnier afin de lui permettre d’échapper au moins quelques instants à sa condition ? Cette pensée le mit mal à l’aise et une nouvelle fois l’idée de la formatine lui traversa l’esprit.

- Ne vous inquiétez pas Todd, le rassura Sally comme si elle lisait dans ses pensées, vous êtes maintenant maître de votre esprit : l’intervention dont vous parlait Franck a parfaitement réussi. Nous avons extrait votre puce, vous êtes désormais redevenu un «individu» : un homme libre !

- Bon, dit Franck, je crois que c’est assez pour aujourd’hui. Un peu de repos nous fera le plus grand bien à tous. Demain je pense que vous serez pratiquement sur pied et nous vous ferons part de nos projets. En attendant, s’il vous faut quoi que ce soit, n’hésitez pas.

- Auriez vous de quoi écrire ? demanda Todd.

- Vous pouvez utiliser ma console, dit Sally, votre noteur est juste à côté, mais ne veillez pas trop tard, vous n’avez pas encore récupéré…

Juste avant de sortir, elle ajouta avec un sourire malicieux :

- Je sens que nous allons avoir des nouvelles de Max !

jeudi 10 mai 2007

BLOC 21 épisode 23

Todd reconnut le " neutral " utilisé par les Anges de Paix, arme redoutable et imparable qui avait contribué, si ce n’est à une véritable baisse de la délinquance au début de la Nouvelle Vie, du moins à simplifier les arrestations, car la convergence des deux rayons issus des antennes, neutralisait n’importe quel " élément " jusqu’à vingt mètres de distance. Il agissait directement sur la puce interne et coupait le système nerveux, plongeant le sujet dans une sorte de coma pendant près de quarante cinq minutes.

Aujourd’hui, grâce à la formatine deuxième génération la délinquance avait pratiquement disparu, et le neutral n’était que très rarement utilisé, sauf pour appréhender des éléments que le gouvernement jugeait dangereux ou indésirables.

- Mais comment vous l’êtes vous procuré, s’étonna Todd, il n’y a que les Anges de paix…

- Rien de plus simple, l’interrompit Sally, Franck en est l’inventeur !

- Et vous n’avez pas tout vu, triompha Franck, en se dirigeant vers le placard mural, attendez vous à une surprise…

Théâtralement, jubilant de son effet, il ouvrit grand les deux battants du placard, et reculant d’un grand pas, tel un Monsieur Loyal sur une piste de cirque, il désigna fièrement l’extractrice :

- Et ça, Monsieur Spayer, savez-vous ce que c’est ?

Todd n’osa pas lui avouer qu’il l’avait déjà découverte… Il se sentait un peu honteux devant la franchise de Sally et Franck, devant la confiance qu’ils lui témoignaient en lui avouant la possession d’une extractrice, et il ne parvint pas à prendre un air aussi étonné qu’il l’aurait souhaité :

- Une extractrice…Je connais, j’en ai déjà vu dans ma fonction de Récupérateur…

- Et vous ne vous demandez pas comment elle est arrivée là ?

- Plus rien ne m’étonne, je suppose que vous en êtes aussi l’inventeur ?

Un peu décontenancé et sans doute dépité de voir son effet tomber à plat, Franck bougonna :

- Oui, enfin je n’étais pas tout seul… C’est un travail d’équipe, de toute l’Equipe du Centre de Recherches…

- Sans doute, coupa Sally, mais chaque équipe a besoin d’un capitaine, et toute la conception, c’est quand même l’œuvre de Franck.

Franck eut l’air gêné… Sally le regarda comme désolée d’avoir peut-être trop parlé et de l’avoir blessé…

- Sans ces maudites puces, il n’y aurait jamais eu besoin d’extractrice ! s’écria-t-il la voix teintée de rage…

Il laissa passer un silence, lourd, très lourd, comme s’il hésitait à s’ouvrir à Todd, puis finalement, encouragé par le sourire affectueux de Sally, il commença d’une voix cassée :

- Et dire que ces puces sont mes enfants… Si j’avais su… Pourtant j’y ai cru au départ. Les premières puces, si controversées, me semblaient un outil fantastique puisqu’elles étaient destinées à être implantées sur les délinquants sexuels. Toutes les tentatives de lutte contre les récidives ayant échoué, je pensais qu’on possédait enfin là le moyen infaillible de localiser à toute heure du jour et de la nuit ces détraqués ! Je ne comprenais pas l’opposition de tant de mes amis scientifiques ! Ils ont pourtant bien essayé de me mettre en garde, mais je ne croyais pas à leur scénario catastrophe ! Même lorsqu’il a été décidé par le Conseil des sages d’étendre cette mesure à tous les délinquants, je n’ ai fait aucune objection.

Mon premier doute ce fut le jour où sur la liste des futurs receveurs j’ai vu mon ami, que dis-je mon frère Marc Despurs…

- Despurs ! Le chef des " Ennemis du Bonheur " ! s’étonna Todd.

- Oui, ennemi du bonheur !.. C’est ce que je croyais aussi . Nous avions fait toutes nos études ensemble, nous partagions la même chambre à l’université, je le connaissais comme moi-même, et si sa démission du Service des Recherches suite à son profond désaccord sur le programme des puces nous a séparés, je lui gardais toute mon estime…

Bien sûr j’ai été peiné et choqué d’apprendre qu’il avait rejoint le front des opposants… Mais quand j’ai vu qu’il allait lui même être implanté, et surtout en lisant le motif " déviant moral ", j’avoue avoir été troublé. Mais, bon, je pensais que le Conseil des Sages avait ses raisons, surtout que nous étions dans la période où allait être mis en place le programme d’implantation généralisé, approuvé par l’ensemble de la population… Si j’avais su…. J’ai été aveugle ! Aveugle, complice et acteur principal de tout ça !

Franck se détourna submergé par l’émotion… Sally s’approcha et le prit affectueusement par les épaules :

- Arrête Franck ! A quoi bon te torturer ! Ce qui est fait est fait ! Tu avais les meilleures intentions du monde, tu sais que tu t ‘es trompé, et tu as déjà commencé à réparer. Alors ne perds pas ton énergie en lamentations ! Garde tes forces, une longue et difficile tâche nous attend.

jeudi 3 mai 2007

Bloc 21 épisode 22

Des bruits de pas qui approchaient mirent fin à ses réflexions, et quand la porte s’ouvrit, il était à nouveau allongé sur son chariot… Franck, tout sourire s’approcha de lui :

- Alors Todd, vous permettez que je vous appelle Todd n’est ce pas ? Comment vous sentez vous ?

- Comme un boxeur après un K.O. je pense… J’ai mal dans le dos, et mes idées s’embrouillent. Je crois aussi avoir des hallucinations… Par moments je ne sais si je rêve où si tout ce qui m’entoure est réel…

- Rien que de tout à fait normal, j’aurais dû écouter Sally, je crois que j’ai un peu forcé sur la dose de stimulateur. Mais tout va rentrer bientôt dans l’ordre, ne vous inquiétez pas, j’ai…

- Que m’est-il arrivé ? l’interrompit Todd, qu’est-ce que je fais ici ? Où sommes nous ?

Tout en reprenant ses pulsations, Sally prit le relais :

- Voyons, essayez de rassembler vos souvenirs… Avant de vous être retrouvé ici, quelle est la dernière image qui vous vienne à l’esprit, je veux dire une image qui vous semble réelle ?

Il n’osa pas lui parler de la plage, de ses épaules nues, des reflets du soleil sur le haut de ses seins… Il comprenait maintenant que l’image de Sally, mêlée au coussinet granuleux sous son visage et au bruit de l’extractrice lui avaient suggéré son délire sur l’épisode de la plage qui s’était terminé en cauchemar avec la mort de Max et la sienne par la même occasion :

- Pas d’image dit-il, du noir et une douleur atroce, là derrière mon oreille et jusque dans mon dos.

- Oui dit Franck, nous avons dû pratiquer une petite intervention…

Sally l’interrompit :

- Cherchez encore, cherchez plus loin…

- La fenêtre de votre box… Je regarde dehors… La balayeuse à goélands

- Voilà, dit Sally, c’est ça, et ensuite…

-…Ensuite ?… Je ne sais plus… Le noir … Le noir et puis encore la douleur… Tout s’embrouille après…

Franck se racla la gorge :

-Hmmm… pour la douleur, je ne suis pas seul responsable, pour le reste, je n’avais pas le choix. : je ne pouvais rester plus longtemps chez Sally et vous vous n’aviez pas l’air décidé à partir ! La sirène avait retenti, je ne suis pas dirigeur moi , il fallait que je rentre. Mais quand je vous ai neutralisé c’était indolore, juste un court-circuit, et je vous ai même retenu pour ne pas que vous vous blessiez en tombant ! Si Sally n’avait pas voulu vous récupérer, vous vous seriez réveillé quelques heures plus tard, sans aucun souvenir !

Devant l’air perdu de Todd, Sally sourit et continua :

- C’est une longue histoire Todd. Vous êtes ici depuis quatre jours. Nous sommes chez Franck, enfin dans une partie du Box de Franck qui n’existe pas officiellement. Il était retourné chez moi pour récupérer des produits et des documents importants dont nous avions besoin. Il ne s’attendait pas à votre visite et heureusement que vous n’avez pas pu accéder à mon laboratoire, sinon vous l’auriez découvert !

- J’ai attendu autant que j’ai pu, renchérit Franck, mais quand j’ai entendu la sirène, si je voulais éviter une prochaine descente des Anges de Paix chez moi, il a bien fallu que je vous neutralise !

- Je n’en ai aucun souvenir… J’étais à la fenêtre et…

- …et je vous ai « déconnecté », coupa Franck en lui présentant un tube noir, d’une vingtaine de centimètres de long et évasé à une extrémité d’où sortaient maintenant deux fines antennes qui paraissaient de verre…