vendredi 27 avril 2007

BLOC 21 épisode 20

-Alors Sally ! 350 ou 400 ?... Tu m’écoutes ?... Bon…J’ai compris…Tu ferais peut-être mieux d’aller dormir un peu, j’ai pas l’impression que tu sois très efficace !

Elle venait de se rendre compte que pendant tout le temps de ses réflexions, Franck avait continué à parler, mais qu’effectivement elle était ailleurs, qu’elle tenait sans trop savoir comment la main de Todd dans la sienne, qu’elle ne l’avait pas quitté des yeux, et qu’il la regardait aussi. Elle avait senti cette " imperceptible chose " passer entre eux, et elle savait aussi, comme une femme seule peut le savoir, qu’il en en était de même pour lui.

Elle avait ce sentiment étrange qu’il avait toujours fait partie de sa vie, qu’elle ne venait pas de le connaître, mais qu’elle le reconnaissait. Si elle savait à peine d’où il venait, elle savait qui il était : il était en elle et elle se sentait tout à lui. Elle n’avait même plus envie de se raisonner, elle n’avait même pas à accepter, les choses étaient et avaient toujours été ainsi…

A côté de tout cela, les gesticulations de Franck étaient bien dérisoires… C’est mi radieuse mi moqueuse qu’elle se tourna vers lui en souriant :

-C’est bon Franck, nous sommes tous épuisés, M. Spayer doit encore récupérer, on verra ça plus tard.

Todd, complètement rassuré maintenant, n’eut pas la force de lui dire qu’il voulait qu’elle reste… Il se contenta de retenir un peu sa main quand elle s’apprêtait à lâcher la sienne, et demanda d’une voix encore fatiguée :

-Sally ! Comment suis-je ici ?

Elle lui adressa à nouveau un sourire qui lui parut complice, et ajouta avant de franchir la porte :

-Reposez-vous maintenant, plus tard, quand ça ira mieux, nous parlerons de tout ça.

Il réalisa en effet qu’il avait beaucoup de questions à poser. Entre la peur de ce monde qui lui était totalement inconnu et la présence de Sally il avait oublié qu’il ne savait ni où il était, ni pourquoi, ni comment il était là. Ses idées devenant plus claires, il prenait conscience que la rencontre de Max et Sally sur cette plage n’avait dû être qu’un cauchemar pendant son long sommeil, mais il se demandait quel rôle exact avaient joué Franck et Sally dans sa venue ici…

De plus ils connaissaient son nom et ça il ne se l’expliquait pas. A moins qu’ils aient eu accès à sa puce, mais cela lui parut impossible.

Un éclair lui traversa l’esprit, et il s’étonna de ne pas y avoir pensé plus tôt : Sally était hors périmètre… il devait donc lui aussi se trouver hors périmètre ! Mais hors périmètre c’était la Zone Morte et rien ici ne pouvait y faire penser. Non, il savait bien à quoi ressemblait la Zone Morte ! Il était toujours dans le Territoire de Vie ! Impossible autrement…

Un drôle de bruit, ou un cri venant de l’extérieur attira son attention… Il se redressa sur les coudes et scruta la pièce autour de lui. Il était bien sur un chariot, des sangles pendaient sur les côtés, et tout autour un impressionnant amalgame d’écrans et d’appareils médicaux tous reliés par une forêt de câbles qui couraient au sol et sur les murs. Une installation pas très orthodoxe qui relevait plus du bricolage que de la technique. Avec précaution, et d’un pas hésitant il s’aventura dans la pièce. Dans un angle deux meubles vitrés contenant des dizaines de flacons et de matériel divers, et dans le prolongement un évier rainuré qui lui rappela une table de dissection.

Il s’arrêta un instant et tendit l’oreille… Le chuintement…Ce chuintement qui faisait jusqu’alors tellement partie du bruit de fond qu’il ne l’entendait même plus s’imposait maintenant à lui et envahissait tout son espace sonore. Il connaissait ce bruit mais ne voulait pas croire que ce soit possible… Il repéra dans la pénombre le placard bas mural d’où il semblait provenir. Non, ce n’était pas possible ! Pas ici ! Après une hésitation il ouvrit violemment les deux battants et tomba à genoux, les yeux écarquillés et le souffle coupé :

Bien calée sur ses amortisseurs anti-vibrations, clignotant de tous ses feux, l’extractrice ressemblait à un animal fantastique assoupi dans son antre…

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