-Et bien, claironna-t-il d’un air enjoué, en voilà un vrai somme ! Y’en a qui ont de la chance de pouvoir dormir autant !
Près de onze heures s’étaient écoulées depuis le semi réveil de Todd, et Sally ne l’avait pratiquement pas quitté. Au début toute son attention allait aux divers moniteurs de contrôle, et les regards qu’elle lançait à Todd n’étaient que professionnels. Puis bercée, par le ronron des appareils médicaux elle avait passé quelques heures entre veille et assoupissement.
Un gémissement de Todd l’avait réveillée, elle s’était levée, et avait vérifié les branchements, ajusté la perfusion, puis s’était assise à nouveau et avait passé quelques minutes à l’observer avec tout l’intérêt requis… Puis, tout au long des heures qui suivirent, son état médical ne semblant plus poser de problème, elle avait commencé à le regarder avec d’autres yeux, d’abord intriguée par le léger sourire qui semblait habiter en permanence son visage au repos, inquiète dès qu’elle voyait son front se plisser ou qu’une grimace de douleur déformait son visage, et rassurée quand il se détendait à nouveau.
Elle avait pris le temps de tout détailler : le dessin de sa bouche rendue trop sèche par la fièvre et qu’elle humectait de temps à autre d’un coin de linge humide, les petites rides d’expression au coin de ses yeux, les fossettes enfantines qui se contractaient parfois spasmodiquement… Jusqu’au petit grain de beauté au coin de sa lèvre supérieure qui lui arracha un sourire attendri…
Elle aimait aussi observer son torse qui se soulevait calmement au rythme de sa respiration, ses bras et ses épaules qui sans avoir rien d’extraordinairement athlétique, offraient tout de même l’image de muscles bien dessinés. Elle gardait encore au creux de ses paumes le contact de sa peau, lorsqu’un peu plus agité que d’ordinaire, il avait tenté de se soulever, et que, le prenant par les épaules, elle l’avait doucement mais fermement remis à plat dos en le calmant d’un :
-Là, Todd… Tout va bien…Calmez vous, c’est fini…
Quand il fut à nouveau calme, elle ne l’avait pas lâché immédiatement, et toujours penchée sur lui, presque à sentir son souffle, elle avait négligemment laissé glisser sa main droite de l’épaule jusqu’à la poitrine et s’était attardée sous le sein gauche de Todd pour percevoir les battements de son cœur.
Elle s’était ensuite assise auprès de lui et était restée longtemps à l’observer, encore toute étonnée de son trouble… Afin d’éviter de trop réfléchir, elle s’était forcée à s’asseoir sur une chaise auprès de lui, lui tournant volontairement le dos, et elle avait voulu s’occuper l’esprit en tentant de s’intéresser au roman que Franck lui avait apporté pour meubler ses longues heures de veille.
Elle dut relire plusieurs fois les premières phrases, tant son esprit n’était pas à la lecture, et elle ne pouvait s’empêcher de tourner la tête trop souvent vers lui. Puis le temps passant, accrochée par l’intrigue il ne revint à son esprit qu’épisodiquement, jusqu’à ce que trois bips irréguliers la fassent sursauter juste au moment où elle se redressait pour calmer la raideur de son cou trop longtemps penché sur son livre.
Il avait ouvert les yeux et, gênée de le sentir inquiet, elle lui avait souri, en s’appliquant à s’adresser à lui le plus amicalement possible…
Quand Franck était entré, Sally perçut que sa voix exagérément joyeuse et son exubérance n’étaient que le reflet de son inquiétude de ces dernières heures : lui non plus n’avait pas dû beaucoup dormir.
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