Il redressa la tête, tout étonné d’y parvenir. Il regarda ce qu’il avait pris pour un sol sablonneux : ce n’était qu’une plaque souple et finement granuleuse, qui gardait l’empreinte du côté gauche de son visage. De là partaient des fils reliés à un moniteur vert qu’il apercevait maintenant. Sur l’écran des chiffres et des colonnes de différentes couleurs qui changeaient constamment de longueur, rythmées par des «bip-bip » réguliers, avec en bruit de fond un chuintement sourd et sinusoïdal.
Il n’était pas sur le sol. Il était sur un chariot.
Une salle d’opération ? Oui, ça y ressemblait fortement. Il essaya de se retourner, mais il se sentit fermement maintenu par le dos. Sa tentative de mouvement réveilla légèrement la douleur qui était toutefois devenue maintenant facilement supportable….
Où était-il ? Que faisait-il là ? Comment y était-il arrivé ? Chaque effort de mémoire semblait le projeter face à un mur infranchissable.
Son deuxième bras était libre aussi. Il parvint à le ramener devant lui. Il prit appui sur ses deux mains et tenta de se soulever. Impossible. Tout ce qu’il obtint ce fut un concert de « bip-bip » stridents sur le moniteur vert. Reprenant appui sur ses avant-bras, il tourna la tête au maximum pour tenter d’apercevoir ce qui le retenait. Deux sangles lui barraient le dos, l’une au niveau des épaules, l’autre au creux des reins.
Il se laissa retomber sur le coussinet granuleux et tenta de réfléchir. Son dernier souvenir c’était…le box de Sally… Il se revit accoudé à la fenêtre… La douleur, violente, se réveilla et le fit renoncer. La tête lui tournait, les images se bousculaient, l’écran vert hurlait maintenant des
« bip-bip » désespérés. Il s’évanouit…
La porte s’ouvrit brusquement, deux blouses blanches se précipitèrent vers Todd inconscient.
-Vite, le stimulateur! 350mg !
L’écran vert s’affolait, toutes les colonnes bloquées au maximum, sifflant maintenant un
« biiiiiiiiiiiiip…….. »
strident et continu.
L’homme s’affairait autour de Todd, il défit nerveusement les sangles, le retourna sans ménagements sur le dos et entreprit un vigoureux massage cardiaque. La femme, professionnelle, dosa le stimulateur, brancha le cathéter au creux de l’avant-bras, vérifia l’écoulement, puis retira les gants de protection avant de revenir vérifier les pupilles de Todd.
- C’est bon Franck, il revient, dit-elle d’une voix calme.
Franck suait à grosses gouttes, il s’épongea le front, soulagé, avant de vérifier à son tour l’écoulement du stimulateur dans la perfusion.
- On a quand même eu chaud, lâcha-t-il dans un souffle, j’ai bien cru qu’on allait le perdre !
- Il est solide, sourit-elle, il a survécu, le plus difficile est fait.
- C’est ma faute, j’aurais dû laisser les sangles latérales jusqu’à ce soir… Pauvre type, il a sans doute repris conscience et il a dû se demander ce qui lui arrivait ! Je le rattache ?
- Non, c’est bon, je vais rester, vas-y toi, je t’appellerai quand il se réveillera, on ne sera pas trop de deux pour lui expliquer…
- OK, je t’apporte à boire et de quoi lire, ça pourrait être long !
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