lundi 2 avril 2007

BLOC 21 épisode 11

Comment un casier personnel pouvait-il être vide ? Cela dépassait son entendement…L’idée que son propre casier personnel pourrait être vide un jour le paniqua. Autant lui retirer un bras ! C’est lui tout entier qui était dans son casier ! Comment se retrouverait-il s’il ne pouvait chaque jour aller se ressourcer dans son casier ? Ouvrir sa boîte à images, compter ses pierres ou en rajouter parfois, faire tinter les grelots de son anneau de naissance, humer son flacon bleu…, nourrir sa mémoire en somme ! Mais le tiroir de Sally était vide. Enfin pas tout à fait : dans une des glissières il découvrit ce qu’il prit d’abord pour une petite pierre, et qui, ramené à la lumière, s’avéra être un minuscule coquillage… Il referma le casier. Un rapide examen du reste de la pièce ne lui apprit rien de plus.

En repassant près du lit, juste avant de sortir, il ne put s’empêcher de soulever encore la drôle de tenue qu’il respira les yeux clos… Une plage au soleil… Des rires d’enfant… Sally à demi nue qui le regarde et lui sourit…

- Reprends-toi Todd !

Il la reposa délicatement sur le lit, comme s’il couchait Sally, et c’est presque en fuyant qu’il quitta la chambre… Il se dirigea enfin vers la grande pièce inondée de lumière, encore troublé par le drôle de parfum. Il inspira profondément…

Dès son entrée dans la « salle à vivre » du Box 12A, son instinct de limier prit le dessus sur ses émotions… Quelqu’un était dans cette pièce il y a peu…Rien d’anormal en apparence, c’était vrai, tout avait l’air parfaitement rangé et en ordre, mais il sentait une présence récente…Instinctivement il renifla ses mains…puis le côté extérieur de son avant-bras droit…ce parfum… Il huma l’air ambiant tout autour de lui, les sens en alerte comme un animal sur la piste d’un gibier… ce parfum…

-Imbécile ! s’écria-t-il à haute voix !

Bien sûr, ce parfum !… Il avait le nez, les mains et le corps tellement imprégnés par la tenue de Sally (qu’il avait dû serrer plus fort et plus longtemps qu’il ne voulait bien l’admettre) qu’il était bien incapable de percevoir autre chose ! La présence qu’il avait sentie n’était pas autour de lui, mais en lui. Sally et son parfum agissaient comme un filtre entre lui et l’extérieur, comme le poivre qu’un fugitif jetterait sur ses propres traces, pour que les chiens lancés à sa poursuite perdent la piste. Furieux contre lui-même il se répéta tout haut la 4ème règle de la charte des Dirigeurs :

« -L’émotion est ton ennemie, tout sentiment est à proscrire. Ton chemin est un tunnel, fixe ton regard vers la sortie, n’entends aucun appel, ignore sur quoi ou sur qui tu marches. »

Les réflexes acquis au cours de sa formation de Dirigeur agissant à nouveau parfaitement, il tira de son étui une dose de Formatine, ferma les yeux, effectua une triple série de mouvements respiratoires, et laissa le cachet blanc buzzer les mots « gibier »… «filtre »…« peau »…Il accepta aussi de laisser les images de ses mains caressant un corps brûlant traverser son esprit, puis s’effacer jusqu’à n’être plus que neige sur un écran…Enfin, il rouvrit les yeux, dans un fondu enchaîné sur la grande salle qui lui parut encore plus lumineuse qu’à son arrivée.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

belle imagination, on sent que vous etes inspiré....