dimanche 25 mars 2007

BLOC 21 épisode 9

Un tatouage, Sally avait un tatouage !… Il y avait pourtant bien longtemps que les autorités en avaient interdit la pratique, en se basant sur la première règle de la Nouvelle Vie:

« L’Être est UN. L’homme et la femme ne constituent que les deux éléments d'un seul et même Être hermaphrodite. Aucun n’est maître de son corps ni de son image. Tout appartient à la communauté des deux. »

Les sages en avaient tiré toute une série de lois, interdisant pêle-mêle et entre autres, le suicide, l’homosexualité, l’avortement, les fantaisies vestimentaires (d’où les «tenues» uniformes), les signes particuliers et par conséquent les colorations, piercings et tatouages. Les différences raciales étaient acceptées, par la force des choses, à condition que les races ne se mélangent pas : un « Être », même hermaphrodite ne saurait être bicolore!

Il comprit que Sally avait essayé de cacher son tatouage lors de son passage quinquennal au relevé d’identité, et sans l’insistance de Todd autour de la zone de ses fesses elle aurait réussi.

L’écran s’éteignit, la voix monocorde annonça:

«...rapport attendu pour le 1er février... »

et Todd, pensif, quitta le salon 33...

Cette histoire de puce qui ne répondait pas le laissait perplexe... Il n’y avait que « l’extractrice » pour pouvoir la désactiver. S’il suivait la logique de l’hypothèse d’un enlèvement, soit « ils » avaient supprimé Sally et détruit son corps, mais il était persuadé (ou voulait se persuader) qu’elle était vivante, soit ils possédaient une extractrice, et là, cela supposait des complicités qui lui donnèrent le vertige.

Une question se posait: Par quel bout débuter son enquête?...Une visite chez Sally s’imposait. Après avoir enfilé sa combinaison de transfert et son casque, il se laissa glisser dans le tub-out et c’est non sans une certaine excitation qu’il programma « Box 12A » sur le clavier digital.

Quelques vibrations plus tard il débouchait dans un hall qui soulignait déjà l’appartenance de Sally au deuxième cercle. On était loin des quatre murs de béton mal repeint de son propre hall! A peine le sas du tub-out ouvert, qu’une douce musique l’accueillit dans un luxe de lumière tamisée courant sur des murs décorés de fresques champêtres qui se prolongeaient sur le sol par des reconstitutions de jardins, certes ornés de plantes artificielles, mais avec en bruit de fond des murmures de cours d’eau et des gazouillis d’oiseaux du plus bel effet. Le box de Sally était là sur sa droite, sous un porche de vigne vierge vieux rose autour duquel clignotait un « Bienvenue » de néon mauve qui arracha à Todd un sourire moqueur :

« Franchement, pensa-t-il, difficile de faire plus kitch ! J’en viendrais presque à regretter mon béton ! »

Tout à ses pensées, il avança sa clef-pass magnétique vers le testeur, et à sa grande surprise, le voyant vert signalant que le sas était déjà ouvert s’alluma… La porte coulissa sur son rail et Todd, un peu oppressé, entra chez Sally Purchase… Oppressé n’était pas le mot, il ne se sentait pas inquiet, mais il ressentait plutôt ce drôle de fourmillement dans la poitrine et cette légère accélération du rythme cardiaque témoins de son émotion. Ce n’était pas la première fois qu’il visitait ainsi le box du « déviant » objet de son enquête, c’était même la procédure réglementaire, mais, bien qu’il veuille s’en défendre, il pressentait que cette Sally serait différente de ces êtres transparents et déshumanisés qu’il « pistait » d’ordinaire.

Il prit une profonde inspiration ventrale, suivie de deux inspirations hautes, répéta trois fois cette série, et quand il se sentit enfin plus calme, il avança dans le couloir d’entrée…

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je me régale...J'ai l'impression d'y être.gros bisous mon papounet