Rien… un simple placard-penderie où, à côté de tenues de travail de différentes couleurs, il reconnut les combinaisons de transfert oranges des membres du " 2ème cercle ". Il ne put s’empêcher d’en décrocher une et de l’examiner. Décidemment Sally n’était pas très grande… Il se surprit à plaquer la combinaison contre lui, comme pour comparer leurs tailles respectives et ne s’étonna pas tout de suite de laisser sa main caresser longuement la matière souple… Un sursaut le fit revenir à la réalité, et c’est difficilement, presque en tremblant, qu’il la raccrocha, penaud, comme un gamin surpris après une grosse bêtise…
Ayant repris ses esprits, il poussa la porte d’en face. Manifestement un cabinet de toilette : cabine de douche, évacuateur de " besoins ", récupérateur de tenues usées et distributeur de tenues de rechange…Il se revit descendre ses propres tenues usagées dans le container, et une fois par mois - quand l’administration n’oubliait pas de lui faire parvenir les bons - faire la queue au distributeur mobile pour récupérer les nouvelles (qui n’étaient le plus souvent que des tenues recyclées !) Un mur-miroir dissimulait un rangement à étagères où se côtoyaient dans un ordre quasi militaire : serviettes, matériel de soin et de toilette, tenues neuves, et des dizaines de flacons que Todd supposa avoir un rapport direct avec l’emploi de laborantine de Sally. Il y reviendrait à l’occasion pour un examen plus approfondi…
Il revint dans le couloir et ouvrit la dernière porte, la chambre de Sally. Le même mal-être respiratoire le saisit et ce n’est qu’au bout de quatre séries d’inspirations-expirations méthodiques qu’il retrouva son calme.
Tout semblait parfaitement en ordre si ce n’est une drôle de tenue jetée sur le lit. Contrairement aux combinaisons habituelles, elle s’ouvrait complètement et semblait pouvoir se refermer avec une longue lanière de la même matière. Et cette matière … Rien à voir avec le froid contact des tenues ! La souplesse était à peu près équivalente, mais le contact était comme plus chaud malgré sa légèreté
Curieusement elle s’arrêtait loin des chevilles et semblait ne pas avoir de fermeture basse… De plus tout le long de l’ouverture, une bande d’une autre matière, faite d’un très joli entrelacement, lui rappelait les dessins des cristaux de glace qui se formaient parfois autour des vitres par grand froid. Il se prit à s’interroger sur l’utilité de ces fioritures et de cette tenue, mais ne trouvant pas de réponse il la rejeta négligemment sur le lit.
Les casiers de rangement de Sally ne se différenciaient pas beaucoup des siens, tout le matériel règlementaire était là, et il ne fut pas étonné que l’un d’entre eux soit presqu’entièrement consacré à la Formatine. Il restait même quelques boîtes de 1ère génération qu’il contempla avec nostalgie.
Il se souvint des premières distributions au compte goutte organisées par le " Ministère du Bien-être et de la Performance ". C’était deux ans après l’instauration de la Nouvelle Vie, et force était de reconnaître que ce fut un progrès indéniable pour améliorer le quotidien : productivité accrue dans des proportions considérables, chute spectaculaire du nombre des fugueurs et surtout arrêt complet du fléau national, le suicide.
Bien que sceptique au début, il était devenu lui-même un inconditionnel de cette pastille miracle, surtout depuis la mise en circulation de la 2ème génération. Finie cette drôle de sensation de flottement des débuts, finies les désagréables décharges sonores qui vous traversaient le cerveau lorsqu’une pensée parasite était mise en sommeil par la Formatine.
Aujourd’hui, on ne ressentait aucune différence dans les perceptions, la concentration sur la tâche était quasi au maximum, et ce n’est qu’un léger " Buzz ", strident certes, mais sans agressivité, qui neutralisait les pensées parasites. Il lui semblait qu’on avait atteint la perfection dans ce domaine et se demandait à quoi bon lancer des sujets comme Sally Purchase sur cette future " Formatine 3ème génération " ?
L’image d’un goéland traversa son esprit, aussitôt " buzzée ", et Todd ouvrit le dernier casier, le casier personnel…Vide…étonnamment et désespérément vide…