mardi 16 février 2010

BLOC 21 EPISODE 32

Cette nuit là, ni Franck, ni Todd, ni Sally ne dormirent beaucoup. Après avoir testé la puce avec succès, c’est comme à regret qu’ils allèrent se coucher. Allongé sur le dos, les bras derrière la tête, Todd, les yeux grands ouverts essayait en vain d’imaginer sa stratégie une fois arrivé à Central Ville… Sally, de son côté ne cessait de s’agiter, se collant à Todd, puis retournant dans son coin où de temps à autre elle torturait son oreiller ou poussait de longs soupirs. Puis, la fatigue aidant, ils s’endormirent…

Le réveil leur laissa cette drôle de sensation de ne pas avoir fermé l’œil de la nuit.

-J’ai peur Todd, murmura Sally en se blottissant dans ses bras.

-Moi aussi, lâcha Todd, enfin je ne sais si c’est de la peur ou de l’excitation… Je crois qu’attendre est le plus difficile. Il faut que je bouge. Je comprends le stress des acteurs juste avant d’entrer en scène, et je sais que dès que j’aurai mis le pied sur la première planche, ça ira mieux.

Puis tout alla très vite, trop vite au goût de Sally. Les derniers préparatifs, les dernières vérifications et déjà Todd s’éloignait vers la Zone Morte aux commandes du « glisseur » de Franck.

Un sentiment de vide immense envahit Sally. Elle se revoyait encore quelques heures auparavant, s’affairant de son mieux au près de Todd, se sentant ridiculement inutile, comme le chien qui sent que son maître va partir, qu’il ne l’emmènera pas, et qui le suit pas à pas dans toute la maison jusqu’au moment où la porte se referme, le laissant là, planté sur ses quatre pattes, le regard fixé sur la porte, avant qu’il ne se résigne à rejoindre son coin la mort dans l’âme…

- Hé Sally ! C’est pas le moment de se laisser abattre !

Franck, devinant l’angoisse de Sally, afficha une énergie, qui, si elle ne dupa pas Sally, eût au moins le mérite de la tirer de sa torpeur.

- Tu as raison… Pour l’instant il n’y a rien d’autre à faire qu’à attendre. Dès qu’il le pourra Todd nous fera signe…

Pourtant, le ton un peu trop enjoué de Franck la laissa perplexe, et elle ne put s’empêcher d’ajouter :

- S’il y avait un problème, tu me le dirais, hein Franck ?

- Oui, ne t’en fais pas, c’est juste un petit détail qui m’ennuie… Pour la puce, je suis tranquille, elle est opérationnelle, et répondra parfaitement aux capteurs des Anges de Paix… Par contre, vu le statut de Todd, le niveau « analyse » de sa puce permet au Ministère de le « lire » en permanence…

- Et, s’ils interrogent sa puce, ils vont voir que…

-Justement Sally, j’ai couplé à sa puce une carte mémoire prête à envoyer une réponse à toute demande. Je n’ai pas trop eu le temps de la fignoler, mais je pense y avoir entré suffisamment de données pour ne pas éveiller leurs soupçons… En espérant ne pas avoir affaire à un contrôleur trop pointilleux, qui pourrait trouver étrange que le sujet Todd ait envie trois fois par jour de la même pizza, ou que la couleur de la chemise de sa tante Angie lui traverse aussi souvent l’esprit ! Enfin, en principe, seule une non-réponse, est susceptible de déclencher une alerte. En cas de problème nous avons convenu avec Todd qu’il évoquerait un souci technique probablement dû aux, épreuves qu’il venait de traverser.

- Espérons que cela suffira, se rassura Sally.

Le reste de la journée lui parut interminable. Elle essaya bien de s’occuper l’esprit en mettant de l’ordre dans le laboratoire, comme si le fait de classer, répertorier, flacons, éprouvettes, dossiers et classeurs, rangeait de la même manière les idées et images qui se bousculaient dans sa tête.

Franck quand à lui, abandonna la partie de pêche à laquelle il avait décidé en vain de se consacrer, bien qu’il ait tenté de se rassurer en gardant près de lui le « communicant » qui permettrait à Todd de le joindre dès que possible. Il lui avait été impossible de déconnecter totalement, et las de lui jeter un œil dix fois, vingt fois par minute, il avait fini par rentrer et le brancher directement sur son écran. Puis il s’était affalé juste en face, sur son fauteuil et ne le quittait plus des yeux, en passant une main nerveuse sur son menton mal rasé. Sally vint le rejoindre, s’installa en silence près de lui, et ils restèrent là, des heures interminables, les yeux vides guettant un écran muet.

Au même moment, Todd, aux commandes de son glisseur, était déjà largement entré dans la zone morte. Les premiers restes épars de cadavres de goélands étaient loin derrière lui, et plus il avançait, plus le spectacle était désolant. Il ne put s’empêcher de sourire en pensant à la combinaison de cosmonaute qu’il devait supporter au temps où il était Récupérateur. Les ordres étaient formels : ne quitter son masque sous aucun prétexte, l’atmosphère de la zone morte était fatale. Il avait été bien naïf ! En fait d’air irrespirable, il osait à peine imaginer l’effroyable puanteur qui devait régner dehors ! Franck lui avait ouvert les yeux: la désinformation du Ministère avait été terriblement efficace. Jamais il n’aurait pu imaginer que les pauvres bougres qu’il avait retrouvés sans vie n’avaient pas été victimes de la zone morte elle-même, mais du déclenchement de la dose mortelle tapie au fond de leur puce…

Il était tout à ses pensées lorsqu’un bruit nouveau le fit tressaillir. Ce vrombissement sourd, proche du son produit par le tambour d’une machine à laver lancée en plein cycle d’essorage, il l’aurait reconnu entre mille : le Collecteur ! Etait-il à sa recherche ? S’agissait-il d’une simple mission de routine comme lui-même les avait assurées tant de fois ?

Une illumination soudaine traversa son esprit : il rangea son glisseur derrière une arête rocheuse, s’extirpa de l’engin, courut au-dehors à bonne distance, arracha son casque qui roula à ses pieds (oubliant la furieuse envie de vomir qui l’étouffait, tant la première bouffée d’air lui parut pire que tout ce qu’il avait pu imaginer) , et se jeta au sol au milieu de restes putrides de goélands…

Aux commandes du Collecteur, le Récupérateur Corbett, coupa les gaz… Depuis quelques kilomètres, par intermittence, il recevait sur son détecteur de faibles signaux signalant une puce. Maintenant le signal était clair et fixe, le fugueur, ou du moins ce qu’il en restait, ne devait plus être loin. Calmement et professionnellement, il enclencha l’extractrice afin de la préparer à sa future triste besogne, et activa le pilote automatique de recherche qui le conduirait immanquablement à son but. Libre de ses mouvements, il se jucha dans la tourelle, et jumelles en main scruta la marée de volatiles à la recherche d’une silhouette humaine.

L’attente ne fut pas très longue, et la forme qu’il aperçut à quelques 200 mètres ne fit que confirmer le « bip » de plus en plus strident du détecteur automatique.

-Pauvre type, ne put-il s’empêcher de penser, il a tout de même réussi à aller bien loin !

C’était la première fois qu’il retrouvait un fugueur aussi profond dans la Zone Morte… C’était également la première fois qu’on l’envoyait en mission aussi loin, ce qui n’avait pas manqué de l’étonner. Mais soit ! Le Ministère avait ses raisons qu’il se refusait à comprendre. Arrivé à quelques dizaines de mètres du fuyard, il comprit mieux : il portait une combinaison ! Seul son casque manquait… Non, il était là près de lui… Que lui était-il arrivé ? Tout en tirant sur les vérins pour approcher les pinces d’extractions du corps, il échafauda un scénario : épuisé par une aussi longue route en terrain hostile, affamé, assoiffé, le fugitif avait dû faire une chute en se prenant les pieds dans ces maudites bestioles, et avait perdu son casque. La première bouffée d’air avait dû lui être fatale…

Il en était là de ses pensées, agenouillé auprès de Todd, achevant de régler à son poignet le moniteur de repérage de puces, lorsque ses yeux s’écarquillèrent d’une surprise mêlée d’effroi.

L’image du vague souvenir de son enfance, ouvrant la boîte rouge et or d’où jaillit un diable ricanant, lui traversa l’esprit, mais fut chassée aussitôt par l’horreur des mains de Todd lui arrachant le casque. Il n’eut pas le temps de savoir s’il s’étonnait d’avantage de voir le « cadavre » vivant, que de s’apercevoir que lui-même pouvait respirer, quand le « neutral » de Todd lui court-circuita le cerveau.

Todd se redressa, prit une grande inspiration, pour décharger la tension des dernières minutes, et suffoquant de dégoût vida tout le contenu de son estomac dans une abominable éructation.

lundi 17 mars 2008

BLOC 21 Episode 31

- C’est gagné ! Tu l’as ton coup de soleil ! Tu aurais pu te mettre un peu à l’ ombre.

La voix de Sally sonnait mi_fâchée mi-inquiète, et tandis qu’elle couvrait le dos de Todd elle ajouta :

- S’endormir comme ça en plein soleil, avec une cicatrice à peine refermée !... Tu n’es vraiment pas prudent !

Todd se retourna, ébloui par la trop forte lumière, encore dans un demi-sommeil, incrédule, devant les yeux rieurs de Sally, toute dégoulinante du bain qu’elle venait de prendre…

- Comment m’endormir ?... Mais j’étais dans l’eau… Et tu me racontais le Centre de Plaisirs !...

Sally fixait Todd, le sourcil froncé, cherchant sur son visage un signe qui lui montrerait qu’il se moquait d’elle… Mais il avait l’air si incompréhensiblement malheureux qu’elle perçut sa sincérité et voulut chercher à comprendre :

- Le Centre de Plaisirs ?... Qu’est-ce-que tu racontes ? Où es tu allé chercher ça ?

- Mais c’est toi qui…

Todd s’interrompit… Il se souvenait parfaitement de la conversation qui lui avait fait si mal, il se revoyait encore plonger dans la mer et hurler son désespoir, mais il ne savait pas comment il était revenu se coucher sur le sable…

- Todd ? Tu m’entends ?...

Appuyé maintenant sur ses coudes, il regardait à travers Sally, comme s’il ne la voyait pas, perdu dans ses pensées… Elle prit sa tête entre ses bras, le colla contre sa poitrine, et lui murmura tendrement, tout en caressant ses cheveux :

- Ce n’est rien mon amour, juste un cauchemar… Le centre de Plaisirs ! Comment as-tu pu m’imaginer là-bas !

- Mais ça avait l’air si réel ! Tu me disais…

- Un cauchemar Todd, rien qu’un cauchemar. Je me suis allongée sur toi et peu de temps après je me suis aperçue que tu dormais alors je suis retournée me baigner. J’aurais du te couvrir le dos, ou au moins la cicatrice.

- On n’aurait pas dit un rêve, je me souviens du moindre de tes mots, et puis c’était si vrai…

- La formatine Todd ! La formatine ! Tu n’es pas encore totalement sevré. C’est fréquent lorsqu’on l’arrête aussi brutalement. Elle continue à agir, mais au lieu d’effacer elle souligne, et la frontière entre rêve et réalité s’estompe. N’oublie pas que c’est une drogue, et qu’elle agit comme telle. L’alcoolique en crise de délirium voit réellement les cafards qui grimpent au mur. De la même manière elle aide tes peurs à remonter à la surface, et je dois dire que je suis assez flattée que ta première peur soit de me perdre.

Elle l’enlaça encore plus tendrement, couvrit son visage de baisers très doux jusqu’à ce qu’elle s’attarde plus longuement sur ses lèvres.

- C’est étrange Sally… Comment ai-je pu imaginer tout ça ? C’est comme si je l’avais réellement vécu… Quelle saleté cette formatine !

Todd écarta les cheveux noirs encore humides, prit le visage aimé entre ses mains pour lui rendre son baiser, et se demanda si la goutte d’eau au coin des yeux de Sally n’étaient qu’un reste de sa baignade où une larme.

- Hé ! Les amoureux ! Désolé de vous ramener à la réalité, mais les nouvelles ne sont pas bonnes. Baxter, vient d’être arrêté.

-Baxter ?

-Oui, dit Sally, c'est lui qui devait t'accueillir et t'aider à Central Ville...

Franck, la mine sombre, s’avançait vers eux. Il s’arrêta à quelques mètres, essuya nerveusement ses lunettes et reprit de la même voix :

- C’est ma faute, pour gagner du temps je l’ai envoyé en repérage au Service des Recherches, pour essayer de localiser au moins le lieu de stockage des codes. A-t-il été trop curieux…Toujours est-il qu’ils l’ont arrêté et que nous allons devoir tenter de nous passer de lui.

- Baxter arrêté ! Mais alors il ne pourra pas ramener Todd dans le Territoire de vie ! On n’a pas d’autre Récupérateur qui soit des nôtres ! Comment Todd pourra-t-il franchir la Zone morte ? Il sera repéré et arrêté à son tour !

- Je sais, ça ne va pas être facile…Tu vas devoir agir seul, Todd, sans solution de replis… Tu peux aussi renoncer, personne ne t’en voudra. Nous tenterons le tout pour le tout… une attaque désespérée contre les bâtiments du Service des recherches… ou essayer de faire tout sauter… mais nous n’avons que peu de chances de réussir…

Un long silence s’établit durant lequel l’on sentait bien que chacun cherchait désespérément comment remédier à ce coup du sort… Franck faisait les cent pas, torturant ses lunettes plus que jamais, Todd regardait fixement le sol, égrenant machinalement du sable entre ses doigts… Quant à Sally, assise près de Todd, ses yeux inquiets allaient de l’un à l’autre, et elle se balançait d’avant en arrière, mordillant nerveusement le genou qu’elle tenait entre ses mains. C’est pourtant elle qui prit la parole en premier :

- Et si Todd rentrait de lui-même, sans qu’un récupérateur ne l’ait trouvé ?

Les deux hommes se regardèrent comme pour se rassurer sur leur propre incompréhension, mais Sally reprit immédiatement :

- Après tout, pourquoi faudrait-il absolument que Todd ait été « récupéré » dans la Zone Morte ? Puisqu’il est sensé nous avoir trouvés, ne pas être notre complice, et s’être évadé d’ici… Rien n’empêche qu’il traverse seul la Zone Morte, quitte à se rendre au premier Récupérateur qu’il risque d’y croiser ?

-Mais bien sûr, s’exclama Franck ! La solution Baxter t’aurait demandé moins d’explications à fournir, mais puisque tu vas nous « trahir » il n’y a aucune raison qu’ils se montrent trop soupçonneux ! De plus nous sommes pressés par le temps : dans quelques jours il sera trop tard pour la Formatine 3ème génération et là il n’y aura vraiment plus rien à faire …

- C’est vrai, dit Todd… Pour ma cicatrice Il n'y a plus de problème, et j’ai suffisamment récupéré… Demain je pars!

-Il faut juste que je fasse quelques essais sur le bon fonctionnement de ta puce, que les capteurs puissent bien la lire, ce qui leur permettra de bien t’identifier et donc de ne pas te soupçonner.

-Et ça nous permettra aussi de savoir où tu es, ajouta Sally, on ne sait jamais…

dimanche 21 octobre 2007

BLOC 21, épisode 30

Il y avait si longtemps que Todd n’avait plus ressenti cette douce caresse du soleil sur sa peau… Les yeux mi-clos, la tête couchée sur ses avant bras, il savourait cette sensation de trop chaud, de fines morsures sur son dos, effacées de temps à autre par une petite brise marine qui parvenait même à lui donner d’agréables frissons, en hérissant légèrement les poils de ses bras. Semblant venir de très loin, et le tirant de sa somnolence, la douce voix de Sally se moqua :

- Si tu continues à rester comme ça, c’est le coup de soleil assuré ! Je ne sais pas si c’est bon pour ta cicatrice.

- Pas de souci, Franck est un artiste… Je suis si bien… Et en cas de problème tu auras le plaisir de tartiner mon dos avec tes mixtures !

En riant de bon cœur, Sally se coucha sur lui, encore toute humide de son dernier bain, et secoua ses cheveux comme pour lui offrir une douche apaisante :

- Tu sais que je t ‘aime toi ? murmura-t-elle à son oreille avant d’ajouter : Todd, oh Todd, j’ai peur que tout ça s’arrête… Je t’aime tant… J’ai l’impression de voler un bonheur auquel je n’aurais pas droit, j’ai peur qu’on vienne me le reprendre, qu’on me punisse de le vivre aussi intensément.

Elle enfouit son visage dans la nuque de Todd, se serra encore plus fort contre lui, déposant de temps à autre de petits baisers câlins dans son cou… Il était au paradis, bercé par le murmure de la mer et la pression régulière des seins de Sally dans son dos à chacune de ses inspirations…

Il faut dire que les journées et les nuits qu’ils avaient vécues depuis que Franck avait réimplanté la puce dans le dos de Todd leur avaient presque fait oublier que leurs heures étaient peut-être comptées. Ils s’étaient aimés sans retenue, riant comme deux enfants, savourant chaque minute de bonheur, croquant la vie comme si la terre s’était arrêtée de tourner. Et tout cela sous le regard complice de Franck, inquiet au début de leur insouciance, avant de se dire qu’après tout, même si leur avenir était plus qu’incertain, il n’y avait pas de raison pour qu’ils se privent de ces quelques instants de bonheur. En souriant ironiquement de l’image, il pensa que c’était peut-être une sorte de cigarette au condamné que la vie leur offrait. Et puis contrairement au condamné, aussi minime soit-il, il leur restait quand même un espoir de vie, Il n’était pas dit qu’il ne réussirait pas !

Sally s’était laissée rouler sur le sable à côté de Todd, le bras replié sur les yeux pour cacher le soleil…

- Tu sais Todd, je n’imaginais pas qu’on pouvait aimer aussi avec son corps…

- Comment « aimer aussi avec son corps » ? Je ne comprends pas…

- Je veux dire que le plaisir du corps pouvait aussi faire partie de l’amour, et que ce plaisir lui même, qu‘on le donne ou le reçoive, venait enrichir les sentiments pour l’autre. Jusque là, pour moi, les deux étaient séparés. J’ai déjà éprouvé ce qui ressemblait à de l’amour pour des êtres, j’ai aussi connu seule ou avec d’autres les plaisirs du corps, mais pour moi il n’y a jamais eu de lien entre les deux.

- Tu peux expliquer, j’avoue que je ne comprends toujours pas.

- Bon, Franck par exemple, je l’aime beaucoup, nous avons partagé tant de choses, vécu tant de moments de bonheur ou de découragement qu’il fait partie de moi. J’aime me blottir dans ses bras, le serrer contre moi, mais jamais je ne voudrais l’embrasser comme je t’embrasse, jamais je ne voudrais que ses mains ou sa bouche me caressent comme toi tu me caresses. Je n’ai aucune envie de partager les plaisirs du corps avec lui !

- Mais j’espère bien ! se moqua Todd, quoique Franck n’aurait peut-être pas dit non !

- Tu es bête !… Par contre il m’est arrivé une fois d’aller avec des amis dans un Centre de Plaisirs, et là j’ai pu jouer avec mon corps et celui des autres,… Et si j’ai éprouvé une forme de plaisir, je n’ai ressenti aucun amour pour ces êtres… D’ailleurs je n’y suis jamais retournée, car j’ai nettement eu le sentiment que ces jeux là n’étaient pas pour moi. Je ne me suis pas sentie à ma place, j’ai eu l’impression que ce n’était pas moi.

Todd eut l’impression qu’on venait de le poignarder en plein ventre… Sally dans un Centre de Plaisirs ! Sa Sally au regard si propre et si profond ! Et elle avait l’air de trouver tout cela anodin… Des images de mains étrangères, parcourant le corps de Sally lui donnèrent la nausée. Non, pas elle, ce n’était pas possible ! Avec des efforts surhumains pour masquer son trouble, il laissa aller d’une voix la plus naturelle possible :

- Ah bon, tu es allée dans un Centre de Plaisirs ? C’est bien ? Je ne connais pas du tout. C’était il y a longtemps ?

- Je sais plus… C’était cet hiver, un soir des amis m’ont proposé d’y aller, eux ce sont des habitués. J’y suis allée moitié par ennui, moitié « pour voir », sans savoir si j’allais vraiment participer à leurs jeux. Au début j’étais un peu inquiète, mais après quelques verres j’ai commencé à regarder autour de moi avec curiosité. L’ambiance était agréable, tout le monde était très poli, très respectueux. De temps à autre je sentais des mains me caresser, mais il suffisait que je les écarte pour qu’elles n’insistent pas. Puis mes amis sont montés à l’étage en m’expliquant que les jeux se déroulaient là-haut, et m’ont demandé si je voulais les accompagner. Je les ai suivis tant par curiosité que pour ne pas rester seule au milieu de ces étrangers. J’ai même demandé à mon amie de rester près de moi, je n’étais quand même pas trop rassurée.

Todd faillit hurler STOP ! ! ! Il sentait le sang battre à ses tempes, son cœur s’affoler, et son ventre se serrer douloureusement. Mais il ne put s’empêcher d’entendre la suite, essayant de se persuader que plus il irait profond dans la douleur, plus les mots de Sally et les images qu’ils faisaient naître en lui le blesseraient, plus il parviendrait à anesthésier son mal. Combattre le mal par le mal, il ne voyait plus que cette planche de salut. Et c’est d’une voix très calme presque détachée, qu’il insista :

- Oui, je comprends, tu n’avais pas l’habitude… Et là-haut alors, c’était comment ?

- Il y avait là des couples ou des groupes de personnes enlacés, jouant avec leurs corps pendant que d’autres les observaient. Au bout d’un moment je me suis aperçue que j’étais seule, mes amis à leur tour étaient partis « jouer ». J’ai encore repoussé des mains qui me cherchaient, avec la curieuse sensation d’être un élément rapporté. Pourtant, je me sentais observée et le regard des autres sur mon corps presque dénudé ne m’était pas désagréable.

Mon regard a été attiré par une femme au corps magnifique, et aux longs cheveux blonds qui jouait près de moi sur une banquette avec celui qui s’est avéré être son ami. Elle a dû percevoir mon trouble et lui parler car il est venu vers moi et m’a demandé :

- Tu veux venir jouer avec mon amie ?

Il m’a prise par le bras, gentiment et je l’ai suivi… Nous avons joué avec nos corps tous les trois. C’était la première fois que j’embrassais une femme, c’était très doux… Je me souviens qu’elle me répétait que j’étais belle.

Mes amis m'ont dit plus tard qu'ils m'ont cherchée, et quand ils m'ont vue ils ne sont pas restés pour ne pas me mettre mal à l’aise. D’autres personnes sont venues nous regarder, mais ça ne me gênait pas, je crois que j’étais comme absente, ou plutôt j’avais l’impression que je flottais au-dessus de moi et que je m’observais. Le plus étrange quand j’y repense c’est que les seuls mots que nous ayons échangés, avant de nous quitter, c’est quand je leur ai demandé leur âge. Je ne sais pas pourquoi je leur ai posé la question, peut-être pour humaniser un peu cette relation… Ils étaient plus jeunes que moi.

Quand je partais, elle m’a donné le code de sa colonne info pour que je les contacte à nouveau, mais je ne l’ai jamais fait.

- Et pourquoi ?

- Je sentais que ce n’était pas la vraie Sally. Non pas que je ne me sois sentie « sale » après, mais je ne voulais pas que cette expérience m’affaiblisse psychologiquement. J’ai voulu l’assumer simplement comme un épisode de ma vie.

- J’ai chaud, dit Todd en se levant, je crois que je vais aller me baigner.

Il courut vers la mer, se jeta dans une vague, nagea quelques brasses, puis plongea vers le fond où il hurla sa douleur, expulsant d’énormes chapelets de bulles qui vinrent éclater à la surface, criant à la mer et au ciel son désespoir assourdi.

mercredi 4 juillet 2007

BLOC 21, épisode 29

- J’allais y venir… je vous ai dit qu’au début nous avons utilisé ces gaz pour interdire la zone morte, et avec les conséquences que vous savez.. Devant ces résultats catastrophiques, ils nous ont poussé, nous les chercheurs, à mettre au point un outil plus précis et plus efficace. Et cette fois-ci, bas les masques ! Il ne s’agissait plus d’éliminer des rats, mais bel et bien des êtres humains.

- Oui mais, renchérit Sally, la « chose » a été présentée de façon à ce qu’elle soit « acceptable » . On nous a expliqué que c’était comme poser une clôture électrique… Après tout, personne n’est obligé d’aller s’y électrocuter ! Il suffit de ne pas tenter de passer et on ne risque rien.

- Mais quel rapport avec les goélands, s’impatienta Todd ?

- Il faut que vous sachiez que nous avons mis au point un procédé infaillible : vous savez déjà que chaque puce est programmée. Il nous a suffi de les modifier légèrement et d’y incorporer une mini capsule contenant une substance imparablement toxique. Ensuite, à distance, on l’active, et en quelques minutes le malheureux fuyard, sans comprendre ce qui lui arrive, meurt dans d’atroces souffrances, la cible première du produit étant la moelle épinière.

Quand aux goélands, outre leur régime alimentaire à base de poissons, ils sont aussi, et malheureusement pour eux, de méticuleux charognards en période de disette. Les Territoires du nord sont un de leurs lieux de chasse favoris, et devant l’abondance de « charogne » fournie par les premiers fuyards, ils n’ont eu qu’à se servir. Puis, contaminés à leur tour, leurs propres cadavres ont servi de nourriture à leurs congénères, et ce fut une chaine sans fin. L’abondance de nourriture a attiré de plus en plus de goélands qui mourraient quelques jours plus tard et devenaient les contaminateurs de leurs frères sains qui arrivaient en masse.

Peu à peu, sans qu’on comprenne trop pourquoi, les oiseaux malades se sont mis à fuir. On suppose que l’instinct les a poussés à tenter d’échapper à ces lieux de mort. Mais il était malheureusement trop tard pour eux, ils étaient déjà porteurs du poison mortel.

Quand à savoir pourquoi ils sont venus mourir ici, les plus scientifiques pensent qu’affaiblis par la maladie ils ont suivi les vents porteurs, et les plus mystiques d’entre nous pensent qu’ils sont venus sous nos fenêtres pour étaler sous nos yeux l’ampleur de leur drame, et essayer de réveiller nos consciences

Un lourd silence voilé par l’ombre de mort des ailes des goélands plana au-dessus de Todd… Lui qui avait autant maudit ces volatiles qui empestaient les rues depuis des mois, sentit peu à peu monter en lui une sourde révolte contre la bêtise des hommes… C’est sûr il fallait faire quelque chose. Quels que soient les risques, il fallait agir…

Comme si à nouveau elle lisait dans ses pensées, Sally posa sa main sur la sienne et lui dit :

- Tout à l’heure vous avez dit que si vous étiez vraiment « hors périmètre »… il y aurait peut-être une possibilité… Que vouliez –vous dire ?

- Tout simplement que je peux justifier le fait d’être hors périmètre en vous « vendant » au Conseil des sages… Comprenez moi bien : si pour eux j’étais hors périmètre , c’est que j’ai franchi la zone morte. Si j’ai franchi la zone morte, d’après ce que vous venez de m’expliquer, c’est qu’ils n’ont pas déclenché ma capsule mortelle, où s’ils l’ont fait, il sera facile de leur faire admettre que j’étais déjà hors de portée.

- C’est juste, s’exclama Sally qui commençait à comprendre, ils ne l’ont sûrement pas fait, car vous êtes trop précieux pour eux !

- Je comprends d’ailleurs maintenant pourquoi quand j’étais « Récupérateur », je n’ai ramené vivant que des sujets qui intéressaient vraiment le Conseil ! S’ils avaient vraiment voulu les supprimer, ils en avaient les moyens !

Après un court silence, Todd reprit :

- Vous m’avez dit tout à l’heure Franck que je pouvais facilement à nouveau être « porteur » de la puce…

- Rien de plus facile, dit Franck, je vous l’implante sous la peau, mais je ne la connecte pas à votre système nerveux.

- Donc, je peux réapparaître dans la Zone morte, rejoindre le Territoire de Vie, et expliquer mon séjour « hors périmètre » puisque j’aurais été votre prisonnier !

- Mais vous allez être obligé d’admettre nous avoir rencontrés !

- Evidemment! Ils sont peut être naïfs, mais il ne faut pas exagérer ! De plus, la meilleure façon de les mettre en confiance, c’est de leur donner des preuves de ma fidélité. C’est pourquoi je vous disais que je vais vous « vendre ». Mon retour ne peut s’expliquer que par ma fuite, et si j’ai fui je n’ai aucune raison de vous couvrir. Pendant qu’ils seront occupés à mettre au point un plan contre vous, j’espère avoir le temps de récupérer les fameux codes et de réduire à néant le projet de Formatine 3ème génération. C’est du quitte ou double et de toutes façons nous savons tous que si j’échoue, c’en est fini de l’homme…

- Vous avez raison Todd, c’est notre dernière chance, et si vous réussissez, leur pouvoir s’écroulera comme un château de cartes, continua Sally, par contre, l’avancée du programme 3ème génération nous laisse encore quelques jours, et vous ne pouvez encore partir.

- C’est vrai, confirma Franck, vous devez récupérer d’avantage, et puis il faut le temps que je vous réimplante sans trop laisser de traces visibles.

- J’avoue ne pas être spécialement pressé, répondit Todd en fixant tendrement Sally dans les yeux.

vendredi 8 juin 2007

Boc 21, épisode 28

- Sally a raison… Vous en savez trop et pas assez à la fois. Trop si vous devez nous trahir, et pas assez pour nous aider... C'est vrai que nous n'avons plus le choix et le temps presse…

Nous ne sommes pas dans le " Territoire de Vie ", mais nous ne sommes pas non plus dans la " Zone Morte "… Nous sommes au-delà de la Zone, dans une région qui n’est pas contrôlée par le Conseil des Sages. La Zone Morte n’est que le résultat de la guerre qu’ils font depuis quelques années à ceux que vous connaissez sous le nom de " dissidents " ou " déviants ".

Dans les premières années de la Nouvelle Vie, la Zone Morte n’avait de morte que le nom. C’était un no man’s land, interdit à tous pour éviter le contact avec les opposants. Mais dans votre fonction de récupérateur, vous avez dû vous apercevoir que nombre d’hommes et de femmes ont tenté de fuir la Nouvelle Vie… On a essayé de vous faire croire qu’ils couraient à une mort certaine, alors que beaucoup d’entre eux ont réussi à rejoindre les dissidents.

Le Conseil a donc décidé il y a environ un an de rendre impossible toute vie dans un rayon d’une centaine de kilomètres autour du Territoire afin de rendre toute fuite impossible.

Au début ils ont employé des moyens rudimentaires, sortes de gaz toxiques qui ont agi comme un boomerang, car les vents se moquent des frontières et les populations voisines ont été victimes de cet effet en retour.

- Je me souviens, dit Franck , des centaines de morts gazés dans les Territoires du Nord… mais il s’agissait d’une attaque des dissidents non ?

- C’est ce qu’on a essayé de nous faire croire, s’indigna Sally, mais il s’agissait bel et bien des gaz envoyés par le Conseil. Ils ont eu beau jeu de mettre tout cela sur le compte des " Ennemis du Bonheur " :… C’est comme l’Incendie de l’hôpital… Qui croyez-vous qui l’a provoqué ? Et qui aurait pu les contredire ? Pourtant les ordres venaient bien du Ministère du bonheur ! D’ailleurs nous avions reçu la veille l’ordre d’évacuer tout notre matériel et nos documents de recherche soit disant pour nettoyer les laboratoires. Et comme par hasard, la nuit même l’incendie s’est déclaré, faisant les victimes que vous savez, mais épargnant le matériel et les chercheurs.

- Ils ont fait d’une pierre deux coups : Les dissidents ont été mis au ban de la société, et le peuple enthousiaste leur a donné les pleins pouvoirs pour le programme des puces ! Des moutons qui tendent au boucher le couteau qui va les égorger !

Sally dût s’apercevoir que Todd était anéanti et il lui sembla pouvoir lire les questions qui l’assaillaient : Comment tout cela avait-il été possible ? Comment avait-il pu être aussi naïf ? Comment à aucun moment n’avait-il au le moindre doute ?

- Ne vous mettez pas martel en tête Todd : nous avons tous été naïfs… J’ai eu la chance de part mon poste de m’apercevoir que les déclarations officielles ne correspondaient pas à la réalité. J’ai pu constater avec effroi que les gaz que l’on nous avait commandés pour soi-disant lutter contre une invasion de rats avaient été utilisés dans les territoires du Nord. Et j’ai eu surtout la chance de part ma fonction d’échapper à la formatine qui vous a laminé le cerveau et anéanti tout esprit critique. La dernière étape c’est la formatine3ème génération associée aux puces… Il faut qu’on les en empêche !

Devant le regard interrogateur de Todd Sally poursuivit :

- Oui Todd, sous ses aspects inoffensifs, la Formatine, dès la première génération, a été un vrai poison pour tout ce qui fait de nous des " humains " : nos sentiments, nos émotions, notre libre arbitre ont été jour à près jours anesthésiés par cette drogue… La première génération avait été conçue dans le but plus ou moins louable d’obtenir de chacun une efficacité maximum et surtout de lutter contre ce mal de vivre généralisé dû aux conditions de moins en moins vivables de notre environnement. Mais très vite les effets secondaires sont apparus : comportements uniformes dans des situations données, absence de réaction affective face à des évènements douloureux, indifférence face aux drames d’autrui, et j’en passe ! Au lieu de chercher à supprimer ces effets indésirables, on nous a poussé à les développer, à les canaliser pour en faire un formidable outil d’ abêtissement des masses, d’où la 2ème génération. Et si ils réussissent à intégrer cette 3ème génération dans les puces, " l’Homme " aura définitivement disparu.

-C’est pourquoi il faut agir et vite, reprit Franck, quels que soient les risques pour nous, il faut agir.

Sally n’avait pas quitté Todd des yeux. Elle avait l’air soucieuse devant le son mutisme , et elle croyait pouvoir lire dans ses pensées !

- …Vous ne dites rien Todd… je suppose et je comprends que vous ayez des doutes… Après tout vous pouvez très bien penser que c’est nous qui essayons de vous manipuler. Vous avez maintenant compris que nous ne sommes pas tout à fait étrangers à ces " Ennemis du bonheur ", et il est vrai que vous pourriez nous considérer comme ces terroristes que décrit le gouvernement. Nous n’avons aucune preuve à vous présenter, et pour cause, les services de désinformation de l’Etat sont d’une redoutable efficacité. Nos témoignages ne valent que par notre parole.

Todd leva lentement les yeux sur Sally, un léger sourire affectueux au bord des lèvres qui soulignait d’avantage l’ombre au creux de ses fossettes…

- Non Sally, vous n’y êtes pas du tout … Je vous crois, sans rien pour le justifier mais je vous crois. Je ne sais si c’est dû au sevrage de Formatine mais j’ai l’impression de me redécouvrir, de trouver des enchaînements dans mes pensées que je n’avais même pas conscience d’avoir perdus. Non, je pensais juste à quelque chose qui jusqu’ici me paraissait naturel, et dont aujourd’hui je perçois toute l’étrangeté…

- C’est le début de la guérison, se réjouit Franck ! Et on peut savoir ce qui vous soucie ?

Todd laissa passer un silence, leva une fois de plus les yeux vers Sally, puis vers Franck avant de lâcher comme dans un souffle :

- Les goélands… Qu’en est-il de cette hécatombe de goélands ?

samedi 26 mai 2007

Bloc 21 Episode 27

Todd ouvrit les yeux à regret… Il étendit le bras par réflexe…et ne trouva pas Sally. Avait-il rêvé ? Machinalement il enfouit son visage dans le creux vide du traversin juste à côté de lui, et huma à pleins poumons… La marque était encore tiède, et il crut deviner un parfum de dragée aux amandes… Il n’avait pas rêvé, et plus il se réveillait, plus son corps lui confirmait la réalité de ces instants de bonheur si proches…

Des pas dans le couloir… La voix de Sally, puis celle de Franck… Il se redressa rapidement dans son lit, ramena un peu le drap sur lui, et se recoiffa comme il put avec les mains, juste quand on frappa à la porte de la chambre :

- Oui… entrez ! Je suis réveillé…

- Bonjour Todd ! Bien dormi ? Comment vous sentez-vous ?

- Pas trop de cauchemars, ajouta Sally ?

- Je crois qu’il y a longtemps que je n’avais pas fait d’aussi beaux rêves, ajouta-t-il en fixant Sally pour guetter sa réaction.

Mais elle ne laissa rien paraître, et commença à s’affairer autour de lui, prenant sa tension, et vérifiant ses pupilles, tandis que Franck s’adressait à lui :

- Todd, nous avons un problème: le Ministère vient de vous déclarer « hors périmètre ». Rien de dramatique, vous êtes bien placé pour savoir qu’il fallait s’y attendre, mais je ne pensais pas que cela viendrait si vite ! C’est à croire que vous avez une certaine importance à leurs yeux… Ça veut dire aussi qu’un « Dirigeur » va être lancé sur vos traces.

- A mon avis c’est déjà le cas, ajouta Todd.

- Sans doute, mais ça va un peu contrarier nos plans, je pensais que nous aurions encore quelques jours devant nous, il va falloir être prudents.

- Je crois qu’il vaut mieux abandonner, Franck, c’est trop dangereux, intervint Sally…

- Oui mais si on ne le tente pas, on risque de tout perdre ! Un dirigeur avec nous c’était inespéré ! Tu ne v…

- Si vous me disiez de quoi il s’agit, s’énerva Todd !

- Voilà, reprit Franck d’un air grave, pour tout vous dire, la survie même de l’individu est en jeu… C’est une course contre la montre entre nous et le Conseil des Sages. Le programme de Formatine 3ème génération est très avancé, et tout ça en partie par ma faute. Dès qu’associée aux puces internes elle sera mise en route, l’individu disparaîtra… Oh, ne croyez pas que nous allons être exterminés ! Cela ne présenterait aucun intérêt pour eux ! Mais nous serons dans un tel état de soumission, et tout ce qui fait de nous des êtres uniques et différents les uns des autres aura tellement été modifié, que nous ne serons plus que des jouets entre leurs doigts !

Je me souviens des premiers projets de robots, où nous avons tenté de mettre au point des «machines» à apparence humaine… Là, le problème sera résolu, nous serons des humains par notre apparence, mais nous fonctionnerons comme des robots !

- Et en quoi aurais-je pu vous être utile ? demanda Franck perplexe ?

- J’y viens… Un point essentiel du programme c’est le code d’activation des puces… Sans ce code, la programmation est impossible. Hors, vous vous doutez bien que ces codes sont sous très haute surveillance ! Il s’agit d’une suite de huit chiffres et lettres, choisis de façon complètement aléatoire afin d’éviter que même nous qui les avons mis au point ne puissions les connaître. Tout ceci dans le but évidemment d’éviter toute fuite.

Ils sont conservés sur un « noteur » spécial, et ne peuvent être lus que sur la console centrale du service des recherches.

- Je vois où vous vouliez en venir, dit Todd, comme Dirigeur j’ai accès au Service des Recherches et j’étais sensé récupérer ces codes…

- Vous voyez bien que ce n’est plus possible maintenant, ce serait trop dangereux, surtout avec un Dirigeur à vos trousses, reprit Sally !

- Vous oubliez aussi que je n’ai plus ma puce, continua Todd. Jamais je ne pourrai pénétrer dans le Service des Recherches…

- Attendez, attendez, coupa Franck en faisant les cent pas du lit à la porte, la puce c’est mon problème… On peut toujours tricher… Après tout, il suffit qu’elle soit sur vous ! Par contre vous avez été déclaré « hors périmètre », et je vois mal comment justifier votre réapparition…

La puce absente c’est parfois un avantage, je m’en suis assez servi ! Ça vous rend invisible en quelque sorte puisque vous n’êtes plus « localisé ». Malheureusement, pour les Anges de Paix vous êtes loin d’être invisible, et leur capteur leur signalerait immanquablement que vous n’êtes pas implanté, et là je ne donne pas cher de votre peau !

Non, la puce est indispensable… mais pour que vous puissiez réapparaître il faudrait parvenir à justifier votre retour…

Todd se redressa dans le lit, resta quelques instants silencieux, les yeux fixés sur la pointe de son pied qui jouait sous les draps, puis il marmonna comme pour lui-même :

- Si seulement j’étais vraiment « hors périmètre »… il y aurait peut-être une possibilité…

Franck et Sally se regardèrent, un silence lourd s’installa, puis Sally finit par dire :

- Allez Franck, dis-lui maintenant, tu vois bien qu’on peut avoir confiance ! Et au point où on en est, on n’a plus grand-chose à perdre ni à craindre !

vendredi 18 mai 2007

BLOC 21 épisode 26

Elle lui échappa aussi vite qu’elle était venue. Il était resté là, assis, la tête légèrement penchée en arrière, les lèvres encore entr’ouvertes, qu’elle était déjà au milieu de la pièce, lui indiquant la porte qu’elle venait d’ouvrir :

-Todd, je crois qu’il serait plus raisonnable de laisser Max à ses problèmes, et d’aller vous reposer maintenant. Vous avez une chambre, là, de l’autre côté du couloir. Il y a le minimum de confort, mais suffisamment pour faire votre toilette si vous le désirez, et Franck vous a prêté quelques affaires en attendant de récupérer les vôtres si besoin.

Il n’eut pas le temps de se demander comment elle pouvait être si performante et lucide, alors que lui était encore dans un état second après leur long baiser, qu’elle quittait déjà la pièce en lui murmurant, avec un regard qui le fit fondre de bonheur :

-Et soyez gentil, si vous devez rêver de quelqu’un, oubliez Max, et faites moi une petite place dans vos pensées…

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle fut largement exaucée ! Au début de sa nuit il fut très agité, ne parvenant pas à trouver le sommeil malgré la fatigue et le besoin de dormir qu’il ressentait. Puis il traversa une période de sommes successifs entrecoupés de réveils et semi-réveils, où rêves et cauchemars s’entremêlaient. Dans sa tête tout se bousculait : Max, le Conseil des Sages, les révélations de Franck… Il se posait des tas de questions, échafaudait des hypothèses, se sentait envahi par le doute quand à la réalité de tout cela. Il imaginait des monstres métalliques qui lui creusaient le dos, voyait des murs géants qui lui cachaient le soleil, étouffait sous une pluie de goélands morts… Il revoyait aussi la plage et la peau de Sally…

Sally… Ses yeux et son regard si profond… Il sentait encore le contact de ses lèvres. Il s’émerveillait de cette sensation étrange et nouvelle pour lui de leurs deux bouches qui s’épousaient parfaitement. Il avait le souvenir d’autres baisers, mais jamais il n’avait ressenti un tel contact. L’image de deux pièces, si parfaitement usinées qu’elles s’emboîtaient à la perfection au point de rendre les lignes de jonction invisibles, lui vint à l’esprit…Il sentit une onde de chaleur descendre vers son ventre au souvenir du contact du sein gauche de Sally sur son épaule lorsqu’elle était penchée sur lui…

Dans son demi-sommeil, il eut soudain l’impression qu’un corps brûlant venait se coller contre son dos. Juste sous ses omoplates il lui sembla sentir les seins de Sally se soulever au rythme de sa respiration. Il se retourna en refusant de se réveiller pour prolonger son rêve. Il avança la main, remonta le long d’une cuisse jusqu’au dessous des fesses, et n’eut pas besoin de l’attirer à lui. Il la sentit se pelotonner contre sa poitrine, et il l’enveloppa dans ses bras, glissant ses doigts sous ses cheveux… Continuer à dormir, ne pas se réveiller, pas maintenant…

Puis le visage de Sally se releva doucement vers lui à la recherche de ses lèvres… et c’est quand il l’embrassa qu’il s’aperçut qu’il ne rêvait pas. Sally était bien là, entre ses bras, et le désir qu’il sentit en elle ne fit qu’accroître le sien. Il se glissa sous elle, sentit ses cuisses qui s’ouvraient pour l’accueillir, et son ventre qui venait à sa rencontre. Leurs bouches toujours soudées, c’est elle qui vint le chercher en glissant une jambe derrière son dos, et l’amena à elle, la pointe du talon dans le creux de ses reins.

A l’instant où il la pénétrait, il lui sembla que son sexe prenait du volume au fond d’elle, tant il la sentait autour de lui comme un étui autour d’une lame. Ils restèrent ainsi sans bouger un instant, savourant cette communion de leurs corps, avant que le désir trop fort, d’abord par de lentes ondulations, ne les pousse à s’aimer. Elle se déhanchait doucement contre lui, augmentant peu à peu l’amplitude de ses mouvements, et quand elle s’arrêtait, il prenait le relais, les mains maintenant au niveau de ses hanches, l’attirant à lui comme s’il craignait qu’elle ne lui échappe.

Elle lui avait abandonné la maîtrise de son ventre... Elle aimait cette sensation d’être ainsi prise par lui, fouillée au plus profond, et ne resserrait de temps à autre ses cuisses que pour mieux le sentir. A chaque fois qu’il venait cogner contre elle, elle laissait échapper un souffle rauque qui ne faisait qu’augmenter la violence du coup suivant.

De temps à autre elle le laissait récupérer en glissant le long de son sexe, à la limite de le laisser sortir d’elle, puis le reprenait avidement, jouant à le garder, tout au fond, contractant ses propres muscles pour le sentir plus intensément.

Sally sentait maintenant la sueur coller ses mèches noires sur ses tempes, et s’étonnait de l’étrange excitation qui gagnait le bout de ses seins à chaque contact avec la poitrine de Todd.…En même temps elle percevait de légères contractions spasmodiques qui augmentaient juste au dessous de son nombril… Elle joua à prolonger ce plaisir, sans lui lâcher la bride afin de le prolonger au maximum. Puis la fréquence augmentant, elle eut de plus en plus de mal à le contrôler, et oubliant Todd, elle se retint de hurler ce plaisir qui l’inondait entièrement, par des ondes ininterrompues de chaleur à la limite de la douleur, pour mieux le savourer…

Elle commençait à reprendre conscience de la présence de Todd, envahie par une bouffée d’amour inconnu jusqu’alors qui la laissa au bord des larmes en se serrant contre lui, quand il commença à bouger en elle pour aller chercher son propre plaisir… Il l’avait contenu le plus longtemps possible, avait failli céder quand Sally s’était arc-boutée sous lui, les ongles plantés dans ses reins, et c’est sans aucune retenue, presque bestialement, qu’il acheva de prendre possession d’elle.

Quand Todd cessa de peser sur son ventre de tout son poids, qu’elle sentit le souffle chaud de sa respiration se calmer peu à peu dans le creux de son cou, qu’il se blottit tendrement sur sa poitrine lui murmurant de temps à autre " Sally…Sally… ", elle laissa glisser le long de sa joue une larme de bonheur…